André Silver Konan

Parce que nous n'avons pas le droit de nous taire

Militaires et fonctionnaires: Deux poids, deux mesures ? (Par F. Vanié-Bi)

Militaires et fonctionnaires: Deux poids, deux mesures ? (Par F. Vanié-Bi)

Militaires et fonctionnaires: Deux poids, deux mesures ? Un texte de Francis Vanié-Bi à lire. Il met en rapport la mutinerie des soldats du Contingent 8400 et la grève des fonctionnaires, sur le volet du stock des arriérés.

9 Janvier 2017, la grève historique des fonctionnaires et agents de l’Etat de Côte d’Ivoire lancée par l’intersyndicale des fonctionnaires de Côte d’Ivoire (IFCI) et la Plateforme nationale des organisations professionnelles de Côte d’Ivoire (PFN) a été noyauté à son début par une mutinerie des soldats réclamant une prime de guerre appelée « prime ECOMOG ».

Après quelques jours de tirs de sommations, les soldats ivoiriens eurent gain de cause en empochant 5 millions de nos francs, les 7 autres millions devant être payés sur les mois à venir. Quant aux fonctionnaires, ils devront attendre pour les revendications à caractère financier, notamment la suppression des impôts (ITS et Contribution nationale) et le stock des arriérés.

Militaires et fonctionnaires

Argument développé par le ministre du Budget, Aboudrahamane Cissé, dans la salle de conférence du ministère de la Fonction publique et de la modernisation de l’administration: « ce serait suicidaire pour l’Etat, en l’état actuel de la situation économique. »

Sous de fortes pressions, les leaders syndicaux ont dû suspendre leur mot d’ordre de gréve, se mettant du coup dans une situation on ne peut plus inconfortable avec une base, insatisfaite et qui voulait en découdre pour en finir définitivement avec ce problème du stock des arriérés.

Février 2017: les 5 millions obtenus par les soldats à coups de crépitements d’armes automatiques fait des émules du coté des forces spéciales qui bivouaquent à Adiaké, au sud-est du pays. Après 48 h de coups de feu, les armes se turent, laissant courir des rumeurs sur un accord classé « secret défense », une fois de plus.

« La boîte de Pandore est déjà ouverte. L’Etat devra continuer à faire face aux nombreuses revendications connues et ensommeillées du corps social »

Le contenu de l’accord (si accord, il y a eu) n’a jamais été publié. Les journalistes qui ont cru bon informer les populations ont eu maille à partir avec la justice. Pendant ce temps, le gouvernement ivoirien par la voix de son porte-parole, Koné Bruno, brandissait au sortir d’un conseil des ministres, un document (dont il n’a jamais remis copie à la presse) dans lequel les animateurs des organisations syndicales auraient renoncé au stock des arriérés d’une valeur de 249,50 milliards de FCFA.

Mars 2017: le gouvernement met en place un comité pour négocier la trêve sociale dans le secteur public demandée par le tout nouveau Premier ministre, Amadou Gon Coulibaly. Ces négociations se sont achevées le 14 avril 2017. Et le gouvernement ne s’est pas encore clairement prononcé sur le stock des arriérés.

Le 1er mai, dans son discours à la Nation, à l’occasion de la Fête du travail, le chef de l’Etat, Alassane Ouattara a juste annoncé la poursuite du dialogue avec les fonctionnaires, afin de lui rendre compte fin juillet, certainement après les Jeux de Francophonie pour lesquels ils souhaitent la quiétude au pays.

Le 3 mai, les fonctionnaires membres de l’IFCI et de la PFN, réunis en assemblée générale, ont donné jusqu’à fin mai 2017 pour trouver une suite heureuse à leur revendication sur le stock des arriérés.

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Une mutinerie et quatre questions (Par Frimo Koukou)

C’est dans ce contexte que du 12 au 16 mai 2017, des soldats du Contingent 8400 ont organisé, une autre saison de leur mutinerie, qui dure depuis 2011. Manifestement, ils ont eu encore une fois gain de cause, après un accord classé une fois de plus « secret défense ».

Mais les soldats ivoiriens n’étant pas des martiens, l’accord est devenu un secret de Polichinelle. Les résultats de leur mutinerie semblent être instantanés. Des dépêches de médias internationaux sérieux évoquent le virement instantané de 5 millions à chacun des mutins. Vrai ou faux, difficile de le savoir.

Boîte de Pandore

Une chose est certaine, la célérité avec laquelle le gouvernement résout les problèmes des mutins n’est guère surprenante parce qu’il s’agit d’un problème de sécurité nationale. Mais un adage dit: « qui peut le plus, peut le moins. »

La boîte de Pandore est déjà ouverte depuis janvier 2017. L’Etat ivoirien devra continuer à faire face aux nombreuses revendications connues et ensommeillées du corps social. C’est le prix de sa crédibilité déjà fortement ébranlée par la gestion des mutineries.

Francis Leroy Vanié-Bi

André Silver Konan

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