La cour du roi des N'Zima, lors de l'Abissa (Ph: Tomorrow Mag)

Abissa de Grand-Bassam, l’apothéose, c’est aujourd’hui. Retour sur l’origine très lointaines de cette célébration, à l’origine mystique, mais devenue populaire… Enfin pas totalement. Ce texte est extrait d’un article que j’ai publié en 2012 (NDLR).

La fête de l’Abissa marque le début de l’année chez les N’Zima de Grand-Bassam, peuple du grand groupe Akan de Côte d’Ivoire. Elle est célébrée depuis plus de trois siècles.

Au-delà des réjouissances, des danses au son de la fanfare et de l’Edon’gbolé, le tambour sacré, paré de tissu blanc et de feuilles de raphia. Au milieu des chants de groupes artistiques, de défilés de groupes sociaux ou de personnes parodiant une scène de la vie publique, très souvent en tenues excentriques, l’Abyssa, cache, en fait deux étapes cruciales.

A l’origine était un komian du nom de Koudoum

L’une a un caractère mystique et profane (en tout cas pour les adepets des religions révélées) et l’autre un caractère populaire.  La première étape est celle qui a cours depuis que les génies protecteurs du village des N’Zima, ont institué cette célébration, par l’intermédiaire d’un komian (kominlin en N’Zima) du nom de Koudoum.

« Les anciens vous diront que la fête de l’Abissa ne s’appelle pas Abissa, mais Koudoum, du nom du kominlin à qui des génies ont fait la grâce de confier les bienfaits de cette fête, indique Pacôme Ezané, cadre et membre du comité d’organisation de l’Abissa 2011.

« La démocratie existait dans nos sociétés africaines bien avant l’arrivée des Européens. Les N’Zima le prouvent à travers cette cérémonie… »

L’un des côtés cachés de Koudoum ou Abissa est la cérémonie du jet de pierres à la mer. Lors de cette cérémonie, à laquelle seuls les autochtones n’zima ont le droit de participer, l’on formule des vœux pour la nouvelle année.

« Ceux qui veulent rencontrer l’amour de leur vie formulent ce vœu. Idem pour ceux qui veulent être fortunés, pour mieux se mettre à la disposition de la communauté. Il y a aussi les femmes qui souhaitent avoir des enfants. Bref, toutes sortes de vœux sont formulés. Et ils sont exhaussés, s’ils sont sincères et surtout formulés dans un esprit de partage et de don de soi », révèle Dr Lazare Amon, un enseignant qui fait des recherches sur la culture n’zima.

Rite satanique ?

Des vœux exhaussés ? Rien n’est moins sûr. Cependant les N’Zima croient en cette cérémonie, comme les chrétiens catholiques croient au baptême. Comme les chrétiens au cours de la messe, les initiés, au cours de cette cérémonie récitent le verset d’Afontché, du nom du génie protecteur qui a révélé la fête à Koudoum.

Un rite satanique ? Les N’Zima disent qu’il n’en est rien, les chrétiens soutiennent le contraire. Estimant qu’Afontché n’est pas un ange de Dieu, mais un génie des forêts bassamoises. Les positions sont tranchées, chacun en jugera. Personnellement, j’adhère à la position chrétienne, sans juger. Qui suis-je pour juger ?

Toujours est-il que ce verset est récité en N’Zima originel. De sorte que de nombreux ressortissants de Grand-Bassam n’en cernent pas parfaitement les paroles. Il a été récité pour la première fois, par Koudoum. Il y a plus de trois cents ans.

Face cachée

La deuxième face cachée de l’Abissa est l’expression la plus achevée de la démocratie en pays n’zima. C’est l’étape de vérité. Au propre comme au figuré. Elle se déroule juste avant la cérémonie de vœux au bord de la mer, toujours loin des yeux indiscrets des « étrangers ».

Les sept familles (Alonwomba, Mafolè, N’Wavilè, Adahonlin, Ezohile, N’djuaffo ou Ahua, Azanwoulé) qui composent le peuple n’zima à l’image des sept castes d’Egypte dont ce peuple se dit descendant, se scindent en deux groupes. D’un côté les femmes, de l’autre les hommes. Les deux groupes se livrent à un jeu d’autocritique et de critiques dont l’enjeu est la catharsis collective.

La coutume exige que les critiques se fassent dans un esprit de bon ton et que les destinataires soient réceptifs. « C’est tout ce qu’il y a de démocratique, soutient Dr Lazare Amon. D’un, les critiques se font avec des mots bien choisis, pour ne pas offenser. De deux, personne n’est cité nommément pour ne pas verser dans les règlements de compte.

De trois, les personnes visées par les critiques y compris le roi lui-même (Sa Majesté Nanan Amon Tanoé) ont le devoir de les accepter. Enfin, et c’est le plus important, tout le monde s’engage à intégrer les critiques dans sa vie de tous les jours et à rectifier le tir, durant l’année qui va suivre.

Abissa de Grand-Bassam: Démocratie et réconciliation

Pour le spécialiste de la culture n’zima, il ne fait l’ombre d’aucun doute. « La démocratie existait dans nos sociétés africaines bien avant l’arrivée des Européens en Afrique. Les N’Zima le prouvent à travers cette cérémonie qui est la forme la plus achevée de la transparence, de la vérité et surtout de la réconciliation ».

Finalement, l’Abissa n’est pas seulement une fête populaire de réjouissance, c’est une cérémonie intra-muros qui célèbre la démocratie et la réconciliation chez les N’Zima. Le résultat est patent.

De Petit Paris à Azurety en passant par Impérial, Agnonty, et autres quartiers de Grand-Bassam, il est rare de voir des N’Zima étaler leurs différends politiques, fonciers, commerciaux, etc. sur la place publique. Chez ce peuple, l’Abissa  règle tout…enfin presque tout.

André Silver Konan (Extrait d’un texte publié en 2012, sur mon ancien blog)

http://andresilverkonan.over-blog.com/article-abyssa-de-grand-bassam-les-deux-faces-cachees-d-un-rite-tricentenaire-112054836.html

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