André Silver Konan

Parce que nous n'avons pas le droit de nous taire

De la violation de la vocation spirituelle de la Côte d’Ivoire est née la misère des Ivoiriens

De la violation de la vocation spirituelle de la Côte d’Ivoire est née la misère des Ivoiriens

En m’engageant dans cette méditation dominicale sur le sujet controversé de la vocation spirituelle de la Côte d’Ivoire ; je sais que je me mets sur un terrain glissant qui risque de conduire à un déferlement de passion.

Telle n’est ni mon intention, ni mon ambition. Je livre ici cette réflexion prioritairement destinée aux croyants (notez que je n’ai pas dit chrétiens), afin qu’elle soit enrichie, en partant du postulat que la plupart des crises sur le plan matériel, ont une source spirituelle.

Avant de commencer, je tiens à faire cette précision, pour mettre tout le monde à l’aise: ce texte n’est pas le fruit d’une inspiration divine. Elle est d’ordre purement philosophique (on va dire ça comme ça), en rapport toutefois, avec mes convictions religieuses.

A mon avis (et je peux me tromper), chaque Nation a une vocation d’ordre spirituel, à l’image de chaque homme qui a une destinée spirituelle qu’on décide de mépriser ou de découvrir, afin de travailler à son accomplissement.

Autant la vocation spirituelle d’Israël était originellement d’être une Nation au service de la spiritualité de l’humanité (Car de Sion sortira la Loi, et de Jérusalem, la Parole de l’Éternel, Il sera le juge des nations, l’arbitre d’un grand nombre de peuples. Une nation ne tirera plus l’épée contre une autre, et l’on n’apprendra plus la guerre. Ésaïe 2 : 1-4), autant je pense que chaque Nation a une vocation spirituelle spécifique.

« La Côte d’Ivoire devrait être un peu pour le monde africain, ce qu’Israël devrait être pour le monde occidental »

Pour moi, la vocation spirituelle de la Côte d’Ivoire repose sur trois principes fondamentaux : l’accueil des étrangers, le rassemblement des différents groupes ethniques et la cohabitation des différentes religions. En ce sens, la Côte d’Ivoire devrait être un peu pour le monde africain, ce qu’Israël devrait être pour le monde occidental.

En somme, la Côte d’Ivoire (à mon sens) devrait être une Nation cosmopolite et œcuménique. Double dialogue des cultures et des religions. C’est l’histoire même du pays. De la migration successive des différents peuples entrant par toutes les frontières, s’est formée une Nation multiethnique, appelée la Côte d’Ivoire.

Félix Houphouët-Boigny, homme de spiritualité, a tant et si bien compris cette trilogie mystique qu’il a très rapidement appelé les intelligences et la main d’œuvre africaines en Côte d’Ivoire.

Avant l’indépendance, il a rassemblé les différents courants politiques au sein du PDCI et favorisé l’intégration des progressistes (soutiens politiques des colons et ses rivaux dans les différentes compétitions électorales) et des fils de progressistes, dans la future administration du jeune État.

Il a tant et si bien compris cette trilogie mystique qu’il a construit une basilique et des cathédrales catholiques, bâti des temples protestants et des mosquées de diverses obédiences. Houphouët a certes commis des erreurs comme David, mais il était un homme de spiritualité, qui de ce fait, a connu un règne relativement béni, je ne dirais pas comme Salomon.

A mon avis, il n’a pas su ou n’a pas pu (du fait de sa longue maladie, au soir de sa vie) faire un véritable passage de témoin à son successeur. Le passage de témoin est important, c’est pour cette raison que d’Abraham à Jacob, en passant par Isaac, les anciens saints de l’Église, bénissaient leurs fils premiers-nés.

Au-delà de ce geste physique, il faut y voir un mystère caché : celui de la transmission et de la conservation de la lumière divine, dans l’arbre généalogique menant jusqu’au Christ Seigneur.

A mon avis, la génération suivante qui a succédé à la génération d’Houphouët, n’a sans doute pas bien perçu ce mystère de la destinée de la Côte d’Ivoire. Le concept d’Ivoirité, à l’origine culturel, selon ses initiateurs, a très vite été dévoyé au profit d’ambitions politiques.

« Tu ne maltraiteras point l’étranger, et tu ne l’opprimeras point; car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte » (Exode 22: 21)

Le coup d’État de Noël 1999

De cette crise identitaire sont nés des sentiments de rejet de l’étranger, qui n’ont hélas jamais quitté certains Ivoiriens. Hélas ! Ainsi a été brisé l’un des principes fondamentaux de la trilogie mystique du pays: l’accueil des étrangers.

Ce qui devait arriver, arriva donc. Comme Israël condamnée à la déportation chaque fois que son peuple méprisait massivement les commandements de l’Éternel, la Côte d’Ivoire sombra dans la violence. Du sang et des morts. « Tu ne maltraiteras point l’étranger, et tu ne l’opprimeras point; car vous avez été étrangers dans le pays d’Égypte » (Exode 22: 21).

Cette punition ne nous a malheureusement pas servi de leçon. En 2000, les tensions électorales d’octobre et de décembre ont décuplé cette haine de l’étranger qui va virer en xénophobie assumée.

La rébellion de 2002

A la violation du principe fondamental lié à l’étranger, s’est ajoutée la violation du principe de la vocation œcuménique (de concorde) du pays. Descentes dans des mosquées et soupçons avérés ou supposés contre certains imams. La suite est connue.

Que reste-t-il aujourd’hui de cette vocation spirituelle ? Certes les dirigeants n’encouragent pas ou ne tolèrent plus la haine de l’étranger. Ils ne surfent pas sur les susceptibilités religieuses, même si certains le tentent maladroitement. Cependant la Nation reste profondément divisée. Du coup, le principe fondamental du rassemblement des différents groupes ethniques se trouve radicalement éprouvé.

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Si ce rassemblement n’est pas soutenu par une ferme, forte et constante volonté des dirigeants, il faut craindre une autre misère (en termes de crise politique) à l’horizon. Déjà que cela se sent dans le quotidien politique. En effet, en dépit des succès macroéconomiques indéniables, de nombreux Ivoiriens continuent de se sentir marginalisés sur le plan microéconomique.

Je peux me tromper, mais je pense que le Président qui renouera avec la trilogie mystique qui a fait le succès de la Côte d’Ivoire, laissera une trace plus ou au moins visible que celle d’Houphouët. Parce que la vocation spirituelle de ce pays, est et doit rester la même, hier, aujourd’hui… et pour les siècles des siècles !

André Silver Konan

10 thoughts on “De la violation de la vocation spirituelle de la Côte d’Ivoire est née la misère des Ivoiriens

  1. waoooh je suis fier de ce poste,merci à toi kôrô. grâce à toi je viens de percevoir la différence entre ADO et Houphouet,t u as donc pue percer ce myster,le secret d’une côte d’ivoire en paix et prosper

  2. Bonjour, à la lecture de ta réflexion je trouve que tu as bien analysé le problème. J’aimerai appeler tous les Ivoiriens à revoir, relire, réécouter les paroles de notre hymne national, d’essayer de comprendre le sens. J’ai l’impression que nous ne comprenons pas que ces paroles expliquent l’âme de la Côte d’Ivoire. L’on a commencé à gérer la Côte d’Ivoire sans tenir compte de cette âme. C’est spirituel et profond, je me demande même s’il existe des Hommes de Dieu (toutes confessions confondues), si oui pourquoi ne peuvent-il pas expliquer cela aux gouvernants. Je n’ai rien contre des changements de directions, mais si c’est le cas que cette classe politique ait le courage de changer notre hymne national et lui donner d’autres paroles et une autre âme. Tant que nous continuerons à bafouer cette âme, nous serons toujours dans des errements sans fin. Que ceux qui ont des oreilles entendent et les yeux voient. Que la lumière de Dieu vous éclaire afin que vous compreniez les mystères cachés.

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