André Silver Konan répond à Aguib Touré
André Silver Konan répond à Aguib Touré

Dans son premier prêche après sa sortie de prison, à l’occasion de la fête de Tabaski, le mardi 21 août 2018, l’imam Aguib Touré a réitéré sa revendication qui consiste à exiger aux autorités des vacances scolaires pour enfants musulmans. Une exigence populiste, s’il en est, qui se bute toutefois à la réalité du calendrier choisi par chaque Etat. Ci-dessous la réponse d’André Silver Konan à Aguib Touré.

J’ai lu avec attention le contenu du prêche de l’imam Aguib Touré. Ce dernier a soulevé deux problèmes qui ne sont pas nouveaux, selon que lui-même il les pose ou selon que ce débat surgit de façon tout à fait opportune. Je ne m’attarderai pas sur le deuxième problème, puisque je sais qu’il va rebondir, à l’approche de Noël. Su ce deuxième sujet, à savoir les cadeaux de Noël, j’aimerais juste souligner (on en parlera à temps opportun) que la tradition du Père Noël qui descend par une cheminée, pour donner des cadeaux enfants ; n’est pas une tradition de l’Eglise.

Dans la Bible, nulle part, il n’est fait mention de père Noël. Je dis bien nulle part. Et au temps de Jésus-Christ, il n’y avait pas de cheminée en Israël. Refuser de donner des cadeaux à ses enfants, pendant que tout le monde le fait n’est pas un acte de défiance à l’endroit d’une religion, c’est un acte tendant à marginaliser son propre enfant et à commencer à créer en lui, le rejet spirituel, plutôt que l’ouverture aux autres. Bref. Nous y reviendrons.

Quant à la revendication relative aux vacances scolaires à accorder aux enfants musulmans, elle revient souvent dans les prédications de l’imam. Soit celui-ci verse dans le populisme, soit il ignore le calendrier qui nous gouverne. Je penche pour l’ignorance.

De fait, la composition des vacances scolaires est une conséquence du calendrier grégorien que la Côte d’Ivoire et la plupart des pays africains, y compris ceux de forte dominance musulmane ; ont adopté. Faut-il le rappeler, il y a au moins dix calendriers dans le monde. Le calendrier grégorien ou calendrier julien (du nom de l’empereur romain Jules César, qui l’a réformé 46 ans avant la naissance approximative du Christ) est le plus populaire.

Il existe le calendrier hébraïque qui commence à partir de la création du monde, selon l’Ancien Testament, le calendrier islamique ou calendrier hégirien fondé sur une année de 29 à 30 jours. Ce dernier calendrier est différent de certains pays musulmans à d’autres, ce qui explique souvent le décalage dans la célébration de certaines fêtes musulmanes et donc de certains congés.

« S’il se trouve un pasteur qui commence à tenir des propos visant à entretenir la méfiance vis-à-vis de la religion musulmane, de ses écoles, de ses congés supposés ou réels ; l’on risque de déboucher sur des débordements imprévisibles. Dieu n’aime pas la division. Qu’Il nous aide au discernement ! » (ASK)

Nous avons aussi les calendriers arménien, chinois, copte, indien, persan. En Afrique, un pays a son calendrier spécial : l’Ethiopie. Le calendrier éthiopien est aussi utilisé en Erythrée. Bref.

Les congés scolaires de nos enfants sont donc liés au calendrier que nous avons choisi. Ainsi, chaque congé tombe-t-il à la fin d’un cycle sur le calendrier. Le congé de Noël ou de fin d’année, marque la fin du premier trimestre. Nos enfants ayant besoin de repos, pour leurs jeunes esprits.

Le congé de février est l’exemple parfait de la conséquence du calendrier grégorien et non la conséquence d’une exigence chrétienne. En effet, le congé de février est aussi appelé vacances d’hiver. Notons que nous n’avons pas d’hiver en Afrique subsaharienne. Nous aurions pu donc décider de placer ce congé, pourquoi pas, au début de l’une de nos saisons sèches ou pluvieuses, mais nous ne le faisons pas, parce que nous avons choisi le calendrier grégorien. Raison pour laquelle ces vacances durent cinq à sept jours dans nos pays et près de trois semaines en Europe. Je répète : le congé de février ne repose sur aucune fête chrétienne.

Quant au congé de Pâques, il marque aussi la fin du second trimestre, tout comme les vacances scolaires marquent la fin de l’année scolaire.

Pour le reste, autant il existe un congé scolaire à la Pentecôte, à l’Assomption (ces fêtes tombent généralement pendant les vacances scolaires) ou à la Toussaint, autant il en existe lors du Maouloud, de la Nuit du destin, du Ramadan et de la Tabaski.

Pour conclure, je pense que l’imam Aguib Touré ignore ces subtilités, je conviens qu’il lui reste encore beaucoup de choses à apprendre, il est encore jeune dans la prédication. De ce fait, je comprends qu’il veuille demander d’inverser une conséquence, sans savoir que celle-ci est liée à une cause. Demander des congés scolaires typiquement musulmans, alors qu’il n’existe pas de congé scolaire typiquement chrétien, c’est se méprendre sur sa propre demande.

La logique voudrait qu’on exige que nos Etats changent carrément de calendrier, alors les congés scolaires changeront automatiquement. C’est simple. A mon avis, l’homme ose dire certaines choses que ses confrères n’osent pas dire, pour des raisons qui leur sont propres et que l’on devine ; mais il doit davantage s’entourer de la culture nécessaire, sur certains sujets qu’il aborde.

S’il se trouve un pasteur qui commence à tenir des propos visant à entretenir la méfiance vis-à-vis de la religion musulmane, de ses écoles, de ses congés supposés ou réels ; l’on risque de déboucher sur des débordements imprévisibles. Dieu n’aime pas la division. Qu’Il nous aide au discernement !

André Silver Konan

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