Dans le caveau du roi David, sur la montagne de Sion à Jérusalem, avec un rabbin

Chrétien ou musulman africain corrompu : ce grand voleur qui s’ignore. Une méditation d’André Silver Konan qui appelle à la prise de conscience du fidèle chrétien et musulman, sur le phénomène de la corruption et de l’enrichissement illicite.

ASK au mur des lamentations à Jérusalem
ASK au mur des lamentations à Jérusalem

Ceci est une histoire vraie. Je devrais établir des documents administratifs. Je me suis rendu dans un bureau de l’administration publique. La dame qui m’a reçu, avec le sourire, m’a reconnu. Nous avons longuement échangé autour d’un thème qui me passionne : la faillite spirituelle de certains responsables, investis de l’autorité régalienne, qui les pousse à poser des actes pas du tout catholiques. Nous étions totalement en phase.

Ma position était qu’il y beaucoup d’injustices qu’on aurait pu éviter, si ceux qui se rendaient responsables de ces décisions, avaient une réelle crainte de Dieu, donc nécessairement un respect pour la vie et pour la dignité de l’autre, pour ne même pas évoquer l’amour de l’autre. Avant d’aimer son prochain, il faut d’abord et au moins le respecter… Elle était d’accord. Totalement d’accord.

J’avais, en effet, tout de suite, décelé en elle, une propension à la spiritualité. Au départ, j’avais cru qu’elle était une musulmane, vu son foulard qui cachait ses cheveux jusqu’au front. Elle portait une longue jupe et une robe ample qui recouvrait ses avant-bras. La bonne chrétienne. Du moins, en apparence.

Vint alors le moment où je devrais parler de mon dossier. C’est alors que, sans changer de mine, ni d’attitude, elle me déclara qu’en échange du document, je devrais payer une somme d’argent, équivalente d’au moins deux mois de salaire d’un journaliste débutant. En fait, avant que je me rende à ce bureau, j’avais déjà pris le soin de disposer d’informations. Je savais donc que ce document était délivré, moyennant cette somme d’argent.

Cependant, quand je suis entré dans le bureau et quand mon interlocutrice a engagé le débat sur la spiritualité, j’ai pensé un instant que j’avais eu la mauvaise information. J’étais naïf. En dépit de mon insistance, elle est restée droite dans ses bottes, m’expliquant, sans me convaincre, que le système lui échappait et que c’étaient plusieurs personnes qui intervenaient dans cette chaîne du racket.

J’ai dû faire intervenir plusieurs facteurs, pour pouvoir obtenir ce document. Je répète que cette histoire est réelle. Elle me permet de développer ma méditation dominicale : le rapport du fonctionnaire chrétien (ou musulman) au racket et à l’enrichissement rapide.

De fait, cette bonne chrétienne fait sans doute des cultes presque tous les jours, se lève le matin et réveille tout le quartier avec ses « Satan sors ! », oblige son voisinage à écouter ses longs chants de louange, observe le jeûne, participe aux grandes assemblées de délivrance.

Marketing de la richesse

Peut-être même qu’elle est une responsable respectée dans sa communauté, qu’elle a un don de prophétie (?) ou de prédication, critique d’autres chrétiens qu’elle trouve faible dans leur engagement spirituel, maudit certains magistrats pour des décisions de justice ne garantissant pas le droit au pauvre qui a raison, a pitié de ceux qui ne vont pas à l’église, désespère face aux policiers qui prennent 1 000 FCFA sur les routes, s’indigne devant les petits voleurs de poulets dans son quartier, mais voilà, elle ne se rend même pas compte qu’elle est aussi une voleuse. Pire, qu’elle est une gangster.

Il faut appeler un chat, un chat. Quand on extorque de l’argent à un contribuable, alors que cela n’est écrit nulle part, dans la loi de finances, qu’on ne lui délivre aucun reçu et que cet argent récolté ne va nulle part dans les caisses de l’Etat, et qu’on le fait dans un réseau ; cela veut dire qu’on opère exactement comme un gang. Donc on est un gangster. Point à la ligne.

« L’une des raisons est liée au fait que le marketing de la richesse (cf. Makosso) a pris le pas sur l’évangile de la spiritualité. Or le marketing de la richesse est tout, sauf chrétien. Bref. »

L’on m’a une fois demandé : pourquoi l’Eglise n’a pas de saints en Afrique ? J’ai posé répondu que l’Eglise avait connu des saints africains, mais que nous-mêmes Africains, ne faisons pas grand-chose, pour faire connaître nos saints qui ont pourtant des noms que nous connaissons sans doute : Saint Kizito, Charles Lwanga, Luc Banabakintu…

Cependant, en retour, j’ai posé à mon interlocuteur, cette question : regardez autour de vous, dites le nom d’une seule personne que vous connaissez et osez me dire si elle mérite d’être désignée comme sainte. Il continue de chercher. Je lui souhaite d’en trouver. L’Afrique a connu des saints mais elle n’en a pas assez, surtout dans notre histoire contemporaine. Et nous savons pourquoi, ce ne sont pas les prêtres et pasteurs africains qui me diront le contraire. L’une des raisons est liée au fait que le marketing de la richesse (cf. Makosso) a pris le pas sur l’évangile de la spiritualité. Or le marketing de la richesse est tout, sauf chrétien. Bref.

L’exemple de cette dame gangster à col blanc est symptomatique du vernissage spirituel dont nous sommes coutumiers en Afrique (je parle pour moi, en tant qu’Africain, je ne parle donc pas d’Européens ou d’Américains). Nous sommes les nouveaux publicains et le pire c’est que nous ne nous rendons pas compte. Cette dame croit être une bonne chrétienne, mais non, elle est pire que le petit voleur de chaîne en faux or, arrêté à Adjamé ou à Abobo Derrière Rails.

« Seigneur Seigneur ! »

Regardez autour de vous ! Plus de 75% des Ivoiriens sont chrétien(ne)s ou musulman(es), selon le recensement de 2014. Pourtant, notre pays fait partie des pays les plus corrompus au monde (103è en 2017, selon Transparency International). Pourquoi ? Parce que le chrétien et le musulman qui est à la Douane, aux Impôts, au Trésor, au gouvernement, dans une institution ou une entreprise publique, qui détourne l’argent de son entreprise ou rackette un usager, ne considère pas que c’est un péché grave. Hypocrite, tu es pire que le petit voleur de la Maca !

« Ce ne sont pas tous ceux qui me disent: ‘Seigneur, Seigneur !’ qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux »

Tant que le fidèle chrétien ou musulman ne se sentira pas sale, coupable, pécheur, quand il pose ce genre d’acte décrit plus haut, il sera difficile pour l’élite africaine, de construire une société de valeurs. A méditer : « Ce ne sont pas tous ceux qui me disent: ‘Seigneur, Seigneur !’ qui entreront dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n’avons-nous pas prophétisé par ton nom? n’avons-nous pas chassé des démons par ton nom? et n’avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom?

Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l’iniquité » (Matthieu 7 : 21-23).

André Silver Konan

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