Venance Konan et André Silver Konan

Affaire « L’art de se contenter de peu » : Venance Konan répond à André Silver Konan. Dans une série de billets d’humeur, publiée sur sa page Facebook, le 3 novembre 2017, le journaliste-écrivain et analyste politique André Silver Konan clamait qu’il n’était pas de ceux qui se laisseraient languir par le barrage de Soubré abusivement présenté par des médias ivoiriens comme « le plus grand d’Afrique de l’Ouest ».

En réponse à ces publications, Venance Konan, directeur général de Fraternité Matin a signé un éditorial dans le journal progouvernemental du lundi 6 novembre 2017. Nous vous proposons les deux réactions ci-dessous.

Premier post d’André Silver Konan

Barrage d’Assouan (Egypte) : 2 100 mégawatts. Barrage Gibe III (Ethiopie) : 1 870 mégawatts. Barrage Inga II (RDC) : 1 424 mégawatts. Barrage d’Akosombo (Ghana) : 1020 mégawatts. Barrage de Soubré (Côte d’Ivoire) : 275 mégawatts.

Ma question : en quoi doter son pays d’un barrage de 275 mégawatts, sur un fleuve qui pouvait supporter dix à vingt fois plus de puissance, fait-il entrer un Président dans l’histoire, surtout que des barrages de capacités plus importantes sur le continent n’ont pas fait entrer les Présidents de ces pays, dans l’histoire ? L’art de se contenter de peu ! »

Deuxième post d’André Silver Konan

Je persiste et je signe. Je ne suis pas de ceux qu’on peut impressionner par le peu. Ma position est claire : nos pays africains ont de l’eau et du soleil à profusion. Ils peuvent fournir de l’électricité à moindre coût à leurs peuples, à travers des projets plus importants que des centaines de mégawatts.

La Chine possède le plus grand barrage au monde, le barrage des Trois-Gorges : 22 500 mégawatts. Le barrage de Guri au Vénézuéla, pays émergent, produit 10 200 mégawatts. A côté de nous, le barrage d’Akosombo au Ghana, c’est 1 020 mégawatts. Alors je répète: il ne faut pas compter sur moi pour languir devant le peu, quand on peut faire plus, sinon mieux.

A force d’applaudir nos dirigeants qui se contentent du peu, au lieu de rêver grand et accomplir grand pour l’Afrique, voyez à quel niveau de développement nous sommes sur le continent. Alors je répète: ce barrage de 275 mégawatts ne m’impressionne pas. Ceci est ma position et elle est ferme !

Venance Konan répond à André Silver Konan

Ah ! Que nous sommes formidables, nous Ivoiriens ! Chaque fois que nous réalisons quelque chose de positif, nous ne laissons le soin à personne de le détruire. Nous nous en chargeons nous-mêmes. Et nous n’attendons pas longtemps pour le faire.

Comme si nous étions habités par ce que nos pasteurs et autres « escrocs de Dieu » appellent un « esprit de destruction ». Aussi, à peine le Chef de l’État a-t-il inauguré le nouveau barrage hydroélectrique de Soubré que des Ivoiriens ont entrepris de tirer dessus à boulets rouges.

Que lisons-nous sur les réseaux sociaux ? Que celui d’Akosombo, au Ghana, produit 1020 mégawatts, soit quatre fois plus que celui de Soubré qui n’en produira que 275, que celui d’Inga, en République démocratique du Congo (RDC), en produit 1424, celui de Gibe III, en Éthiopie, 1870, et celui d’Assouan, 2100.

Et parce qu’un journal a titré que le Président Ouattara entre dans l’histoire avec ce barrage, quelqu’un de se demander : « En quoi doter son pays d’un barrage de 275 mégawatts, sur un fleuve qui pouvait supporter dix à vingt fois plus de puissance, fait-il entrer un président dans l’histoire, surtout que des barrages de capacités plus importantes sur le continent n’ont pas fait entrer les présidents de ces pays dans l’histoire ? » Et cette personne de conclure : « L’art de se contenter de peu. » Et un autre de renchérir : «Comment peut-on rentrer dans l’histoire avec un barrage quatre fois en-dessous de celui du Ghana ? Évitez-nous le ridicule SVP ! »

« A force d’applaudir nos dirigeants qui se contentent du peu, au lieu de rêver grand et accomplir grand pour l’Afrique, voyez à quel niveau de développement nous sommes sur le continent » (ASK)

Je dis bravo aux pays qui ont construit de grands barrages. Ils en avaient certainement les moyens et leurs cours d’eau le permettaient tout aussi certainement. Le fleuve sur lequel le barrage de Soubré a été construit permettait-il de construire un barrage dix à vingt fois plus puissant ? Je n’en sais rien.

Sommes-nous dans une compétition où celui qui aura construit le plus grand barrage sera le vainqueur ? Je ne le crois pas. Mais je sais, par contre, qu’en dehors de ce barrage de Soubré, nous, Côte d’Ivoire, fournissons très souvent de l’électricité au Ghana et c’est nous qui, sans Soubré, en fournissons toujours au Burkina Faso et au Mali.

Ceux qui comparent notre barrage à ceux du Ghana ou de la Rdc ont-ils déjà séjourné dans ces pays ? S’ils l’avaient fait, ils sauraient ce que l’on appelle réellement un délestage. Il nous arrive, certes, d’avoir des coupures de courant, beaucoup trop souvent à notre goût, mais cela n’est absolument rien en comparaison avec ce qui se passe dans des pays comme le Ghana, le Sénégal, la RDC, la Guinée que l’on appelle pourtant le « château d’eau d’Afrique de l’Ouest » parce que tous les grands cours d’eau de notre région y ont leurs sources, ou le Nigeria que l’on présente comme la première ou deuxième puissance économique du continent. Là-bas, les coupures durent des jours et des jours et cela, depuis plusieurs années.

En Guinée-Bissau, une bonne partie de la population, même dans la capitale, ne sait même pas ce que l’on appelle électricité. À quoi sert-il donc à un pays d’avoir le plus grand barrage du monde s’il n’est pas capable de fournir de l’électricité à sa population ? À quoi servent les 1020 mégawatts d’Akosombo et les 1424 d’Inga si le Ghana et la RDC ne sont pas capables de fournir une électricité de qualité, c’est-à-dire sans coupure, ou sinon de courte durée, à la population ? Quels sont les pays de notre région ou même de toute l’Afrique subsaharienne qui ont plus de localités électrifiées que la Côte d’Ivoire ?

J’en suis désolé pour ceux dont le passe-temps favori est de dénigrer leur pays, surtout lorsqu’il réalise des choses positives mais moi, Ivoirien, je suis fier de la qualité de notre électricité lorsque je vois la situation dans les autres pays ayant parfois plus de potentialités que nous.

Que les Ivoiriens sortent de temps à autre de leur pays ou qu’ils essaient d’être quelques fois de bonne foi. Ils apprécieront beaucoup mieux leur pays. Malgré ses défauts. Le tout, pour moi, n’est pas d’avoir un grand barrage capable de fournir des millions de mégawatts. Il faut aussi avoir une entreprise et une organisation de qualité pour le faire fonctionner et fournir l’électricité à la population.

Cela ne veut pas dire que nous n’avons plus d’efforts à faire. Non, nous avons à améliorer ce qui existe déjà et la construction du barrage de Soubré est destinée à cela. Et je crois savoir qu’il ne sera pas le dernier à être construit dans notre pays et que d’autres sont déjà programmés. Je préfère de loin un petit barrage qui fournit de l’électricité à un grand comme celui d’Inga, dont on dit qu’il est capable d’éclairer toute l’Afrique, mais qui, pour l’heure, n’est même pas capable d’éclairer la seule ville de Kinshasa.

A lire, du même auteur :

La Côte d’Ivoire membre non permanent de l’Onu, et après ?

Le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux de la Francophonie, au moment même où nos hôtes nous félicitaient pour la qualité de cette cérémonie, nous, Ivoiriens, nous qui n’avions jamais regardé une telle cérémonie pour pouvoir faire une comparaison honnête, tirions au gros canon sur l’organisation. Nous croyons sans doute que c’est faire preuve d’esprit critique que de dénigrer tout ce que le gouvernement fait ou que c’est être acheté que de féliciter le gouvernement lorsqu’il réalise des choses positives. Parce que pour certains de nos intellectuels, la bonne attitude est d’être systématiquement opposé à toutes les actions du pouvoir, quel qu’il soit. C’est tout simplement être habité de l’esprit de destruction.

Invitons donc les vrais exorcistes de ce pays à prier pour qu’enfin, cet esprit sorte définitivement de leurs corps afin que notre pays avance. Parce que pour qu’un pays avance, il faut que ses citoyens l’aiment. Or, chez nous, quoi que fasse le pouvoir dans l’intérêt du pays, les prières de certains Ivoiriens sont pour que cela échoue.

NDLR : André Silver Konan n’a pas souhaité commenter largement l’éditorial, se contentant de déclarer que celui-ci soulevait d’autres problèmes (avec lesquels il était en accord), qui n’avaient pas de lien avec sa position initiale sur « l’art de se contenter de peu » en Afrique.

6 Commentaires

  1. Il me semble que Venance KONAN ne répond pas à la question posée par André Silver KONAN : Est-ce que le fait de réaliser un barrage de 275 mégawatts suffit à faire rentrer le chef de l’Etat dans l’histoire ? Partant du principe qu’on ne rentre dans l’histoire de son pays qu’en faisant pour lui quelque chose d’extraordinaire, je constate que s’il avait posé cette question, Venance KONAN aurait, dans la logique de son éditorial, nécessairement répondu NON.
    Peut-on écrire qu’on préfère un petit barrage qui est capable de fournir de l’électricité à la population à un plus grand qui n’en fournit pas et dire dans le même temps qu’il suffit de construire un barrage (quelle que soit sa capacité) pour rentrer dans l’histoire? Peut-on dire que le tout n’est pas d’avoir un grand barrage capable de fournir des millions de mégawatts et prétendre dans le même temps qu’il suffit d’en réaliser un (peu importe la taille) pour rentrer dans l’histoire?
    Peut-on dire que le barrage de Soubré est destiné à améliorer ce qui existe déjà et conclure qu’il s’agit, en soi, d’une œuvre historique pour un pays exportateur d’électricité? Il faut savoir que ce barrage représente 12,22 % de notre capacité électrique. Donc, en termes d’utilité pour les populations, c’est au plus un progrès de 12,22%. C’est un pas important vers l’avant. Mais est-ce suffisamment important pour être historique ? Certains pourrons répondre par l’affirmative. Mais ils devront admettre et tolérer que d’autres puissent situer la dimension de l’histoire de notre pays à un niveau beaucoup plus élevé, sans être animé d’un « esprit de destruction » ou de «dénigrement». On peut bien considérer que 12,22% c’est peu parce que pour arriver à 100% il reste une marge de plus de 87,88%. D’autant que la marge de progression en termes de capacité individuelle est encore plus faible par rapport à Azito III qui produit 222 mégawatts.
    Et je me demande s’il n’y a pas une forme de totalitarisme à insinuer qu’il y a de l’incivisme et une volonté de destruction ou de dénigrement dans le simple fait d’émettre une réserve sur la dimension historique d’une œuvre quelle qu’en soit la gradeur par ailleurs. Après tout, il ne s’agit que d’une question de positionnement dans l’échelle des grandeurs.
    Pour ma part, je situe la dimension historique de notre pays sur un tout autre plan. Le défi que nous devons relever c’est celui de la cohésion nationale, de la lutte contre la corruption et aucun chef d’Etat ivoirien ne pourra, à mes yeux, rentrer dans l’histoire s’il n’a pas capable de nous faire faire des progrès importants sur ces questions dont dépend l’avenir de notre pays.

  2. Ce qui me dérange, c’est ces personnes qui profitent des antennes ou des espaces des organes de presse progouvernementaux dont ils ont la charge (pour un temps, heureusement!) pour régler leurs comptes personnels. Vous pouvez être des caisses de résonance de quelque politique que ce soit, d’accord, c’est votre choix, c’est l’orientation que vous donnez à votre carrière et c’est votre droit.
    De grâce, épargnez nous ces tableaux, pour faire avancer la presse en Côte d’Ivoire. Le lecteur a besoin d’autre chose. L’antenne ou le journal appartient à tout le monde. J’aurais pu accepter que ce soit un citoyen lamda qui ait cette réaction. Mais pas un responsable. Fraternité Matin, journal progouvernemental a pour mission de mettre au grand jour les décisions et les activités de développement du gouvernement. Epargnez – nous de vos états d’âme personnels. Pardon! On répond par le même canal, c’est plus élégant, c’est plus correct, c’est plus juste!

  3. ASK parle d’une chose, et VK parle d’une autre. Les deux points de vue sont intéressants et peuvent nourrir l’action politique de nos dirigeants. Deux extrêmes à éviter : le négationnisme et le fanatisme. Il faut savoir se mettre à l’écoute de l’autre pour savoir dialoguer car personne n’a la vérité infuse, si ce n’est Jésus Christ et ceux qui savent se mettre à son écoute

  4. Commenter :
    venance Konan,me déçoit vraiment, car à aucun moment j’aurais pu penser qu’il pourrait, avec un article aussi peu convaincant,prétendre répondre à une question aussi simple posée par l’un de ses jeunes frères (car ce n’est qu’un débat d’idée..)..
    pour le reste ,laissons le faire son travail: encenser (mais qu’il sache que Ouattara fera toujours,ce qu’il a prévu,même s’il ne le chante pas, par principe: c’est un bosseur..),et ASK fera toujours ce qu’il a prévu : la critique constructive(c’est un intellectuel)…je le sais parce que j’ai eu à le rencontrer…
    La côte d’Ivoire a besoin de débat d’ idée, seul source de Lumière…

  5. Les deux points de vue sont intéressants mais critiquables. Comparons le comparable les cours d’eaux ont différents débits et parler d’une possible construction d’une capacité 10 x supérieure sans comparaison des débits est plutôt malsain. Deuxième point à l’heure où on parle d’écologie et de préserver les ressources naturelles, quel aurait été l’impact sur la faune et les populations afférentes à ce cours d’eau avec un plus grand barrage ? La réponse de Vk ne répond pas à celle posée. Applaudir à tout sans critiques encourage nos dirigeants à faire peu. L’art de se contenter du peu ?

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