Mes 4 solutions dans la crise togolaise

Editorial « A mon avis » : Voici mes 4 solutions de sortie de crise au Togo. Elles sont basées sur une analyse froide de la situation et vise à préserver la dignité de chaque acteur, tout comme l’intérêt majeur du Togo.

Au Togo, la crise sociopolitique se résume en quatre mots : équilibre de la terreur. La question qui se pose aux deux camps en conflit (pouvoir et opposition) tient en trois mots : jusqu’à quand ? Jusqu’à quand le pouvoir va-t-il tenir dans sa stratégie simple mais jusque-là efficace, d’empêcher, par tous les moyens (non) létaux, les manifestants d’approcher les sièges des institutions de la République (principalement le palais présidentiel) ? Jusqu’à quand l’opposition va-t-elle tenir dans sa stratégie apparemment simple, mais jusque-là sans résultat, de pousser les populations à s’emparer des sièges des institutions de la République ?

Faisons de l’analyse prospective élémentaire. Que risque-t-il d’arriver au pouvoir, si les manifestations continuent ? Eh bien, une erreur inattendue (comme l’arrestation d’un imam de Sokodé a mis le feu aux poudres dans cette ville) du pouvoir risque d’attirer, un jour, tellement de monde dans les rues de Lomé, que les forces de sécurité ne seront pas en nombre suffisant, pour les empêcher de prendre le palais présidentiel et le siège de la télé nationale. Ce sera la révolution.

Par ailleurs, que risque-t-il d’arriver à l’opposition si elle ne parvient pas à faire partir Faure ? Un évènement inattendu pourrait survenir, qui démobiliserait les troupes dans les rues.
En clair, l’équilibre des forces peut basculer à tout moment, en défaveur d’un camp, comme de l’autre.

De fait, en dépit de l’habillage cosmétique du discours sur le retour à la constitution de 1992, ceux qui battent le pavé, à Lomé et dans les villes de l’intérieur du Togo, ont une seule idée en tête : la fin de règne des Ganssingbé, un nom qu’ils entendent depuis un demi-siècle. Ceci est le fond du problème et sans doute, la meilleure piste pour une solution à la crise.

A mon avis (et je peux me tromper), des solutions simples et réalistes s’offrent aux protagonistes. La condition première serait que chaque camp accepte d’aller à la table de négociation, sous la facilitation de l’Union africaine. Un facilitateur (notez que je ne dis pas médiateur) comme le Ghanéen Nana Akuffo-Addo ou le Guinéen Alpha Condé pourraient aider les parties à s’accorder sur l’essentiel, à savoir la préservation de la paix, dans un petit pays, sans grandes ressources.

Les discussions devront se tenir au Togo, entre pouvoir et opposants togolais et aboutirait à un accord inter-togolais. Les dirigeants politiques togolais auraient ainsi le mérite de montrer à la face du monde, leur maturité politique et leur responsabilité patriotique. L’accord devrait ainsi inclure au moins quatre solutions, qui de mon avis, sont réalistes et réalisables, à condition que chacun comprenne qu’autrement, il court le risque de tout perdre, comme au poker.

Solution numéro un

Retour à la constitution de 1992. Il est nécessaire que le bout de phrase qui nourrit tous les fantasmes : « En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats » soit inscrite dans cette constitution parce qu’il sera le ciment de cette constitution, son « fétiche » protecteur.

Solution nuémro deux

Formation d’un gouvernement d’union nationale, avec un premier ministre issu ou non d’un parti politique, mais acceptable par tous, donc de consensus. Son gouvernement de transition qui compterait des ministres de la coalition au pouvoir, de l’opposition et de la société civile (pour des postes sensibles).

La mission de ce gouvernement sera aussi bien de poursuivre les chantiers de développement, que de conduire les réformes institutionnelles (refonte et indépendance de la commission électorale, toilettage de la liste électorale, indépendance de la justice, refonte de l’armée, lutte contre la corruption, etc.) nécessaires, pour un Togo véritablement démocratique.

Solution numéro trois

Maintien de Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, réélu en 2010 et en 2015, jusqu’à la fin de son mandat en 2020. Celui-ci devra prendre un engagement solennel devant l’Afrique, sur sa volonté de se plier à la constitution et à l’accord. Cette perspective effraie certains opposants qui ont en mémoire, le revirement spectaculaire de Gnassingbé père, en 2002. Mais nous sommes en 2017, Faure n’est pas Eyadéma et en 1992, une certaine solution avait manqué, lors des discussions : l’amnistie générale.

D’où la solution numéro quatre : vote d’une loi d’amnistie

D’une part, une amnisitie pour tous les dirigeants de la transition, y compris le président de la République et d’autre part, pour tous les prisonniers politiques, récents ou anciens.

Les uns et les autres peuvent, par orgueil ou par mépris, refuser ces solutions dont le mérite est de préserver la dignité de chacun et éviter à tous, l’éventualité d’une humiliation politique. Mais que nul ne s’y méprenne. Le pouvoir de Faure court le risque de se faire surprendre, un jour, comme celui de Blaise Compaoré au Burkina Faso et les Jean-Pierre Fabre, Tikpi Atchadam et autres opposants risquent de se laisser entraîner dans une impasse politique, à l’instar des opposants burundais qui ont commencé une révolution qu’ils ne peuvent pas terminer. En définitive, la balle de la réalpolitique se trouve dans le camp des protagonistes togolais.

André Silver Konan

http://Retrouvez l’éditorial d’André Silver Konan, sur Jeuneafrique.com

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here