4 ans après le discours de Ferké, le torchon brûle entre Alassane Ouattara et Guillaume Soro

« A mon avis » : Guillaume Soro, un retour sans gloire dans la République, mais…Edito d’André Silver Konan, à lire pour comprendre.

Tout avait été mis en œuvre par la galaxie Soro, pour faire de la fin des pérégrinations estivales européennes du président de l’assemblée nationale ivoirienne, un retour triomphal : convoyage d’applaudisseurs à bord de véhicules de transport en commun, aux abords de l’aéroport Félix Houphouët-Boigny de Port-Bouët (Abidjan), communiqué annonçant son retour, articles démentant ce même retour, puis re-annonçant son retour, informations opportunément éventées dans la presse, sur un bien curieux vol, au domicile de Soro à Yamoussoukro, etc.

En face, tout a été aussi mis en œuvre par le pouvoir, pour faire de ce retour, un échec cuisant : dispositif de sécurité filtrant l’entrée de l’aéroport, brève interpellation, la veille, à l’aéroport, d’un proche du président de l’assemblée nationale, rumeurs sur l’affectation de plusieurs membres du Groupement de sécurité du président de l’assemblée nationale (GSPAN, une sorte de garde prétorienne restée fidèle, depuis le temps de la rébellion et opportunément reversée dans les Forces républicaines de Côte d’Ivoire devenues Forces armées de Côte d’Ivoire – Faci), etc.

En définitive, Guillaume Soro a signé son retour, dans la République, ce dimanche 22 octobre 2017, après près de trois mois hors du pays. Un retour sans gloire. Mais il ne faut pas s’y méprendre. Il le voulait ainsi, il savait que ce serait ainsi. Ce n’est ni un échec pour lui, encore moins une débâcle. L’ex-chef de la rébellion ivoirienne, plus que quiconque en Côte d’Ivoire, sait adapter sa stratégie, pour atteindre ses objectifs. Laurent Gbagbo en sait bien quelque chose. Bref.

Équilibre de la terreur

Au commencement était l’équilibre de la terreur entre Soro et le camp Ouattara. En choisissant le boycott du congrès du Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel), Guillaume Soro a su peser sur la décision d’Alassane Ouattara, de renoncer à reprendre la tête dudit parti.

Ce dernier avait pourtant tout orchestré dans ce sens. En confiant les rênes de son parti à Henriette Dagri-Diabaté, une de ses inconditionnelles réputée modérée, plutôt qu’à Amadou Gon Coulibaly, son dauphin putatif, Ouattara a brisé l’élan belliciste de la « Sorosphère » qui avait affûté ses armes, prête à en découdre.

Par ailleurs, la rencontre entre le président ivoirien et Fatou Bensouda, la procureure de la Cour pénale internationale (CPI) et l’inculpation de Souleymane Kamaraté Koné dit Soul To Soul, dans la ténébreuse affaire de la cache d’armes de Bouaké, ont contribué à adoucir le « jeune homme » de 45 ans, qui s’était sans doute apprêté, depuis Paris, à entrer une seconde fois, en rébellion.

Les nostalgiques des temps de rébellion au sein de la branche politique des ex-Forces nouvelles du Nord, tout comme les boutefeux du pouvoir d’Abidjan, devront donc patienter. La guerre aura lieu, c’est presque sûr, mais ce ne sera pas pour maintenant. Pour l’heure, Soro a décidé, sous la pression politique et judiciaire, de la réal-politique aussi ; d’entrer dans les rangs.

Il se propose même, en toute (fausse) humilité d’aller rencontrer Ouattara. Sans rire et la main sur le cœur, il a lâché ses premiers mots, à son retour d’ « exil » : « En ce qui concerne mes relations avec le président de la République, elles sont bonnes et je m’emploierais à ce qu’elles soient toujours bonnes ». Personne ne croit en cette profession de foi, à commencer par lui-même.

Reculer pour mieux…rugir

Soro n’est pas dupe. Il ne veut pas être le Hama Amadou ivoirien, condamné à rester en exil en France. L’opposant nigérien avait contribué à l’élection de Mahamadou Issoufou, en 2011, avant que leurs chemins ne se séparent avant la présidentielle de 2016. Comme Soro, il avait été président de l’assemblée nationale. Comme Soro, il avait été premier ministre à deux reprises.

Soro sait que pour être le Roch Marc Christian Kaboré ivoirien, il a besoin de rester en Côte d’Ivoire, de maintenir les contacts avec le parti présidentiel et ses militants, mais surtout, de surfer sur les mécontentements d’une partie de la population de plus en plus frustrée par la mauvaise répartition des fruits de la croissance et la corruption des élites. Guillaume Soro coulé ? Absolument pas. Il a juste reculé, pour mieux…rugir !

André Silver Konan

Retrouvez cet éditorial sur le site de Jeune Afrique:

http://www.jeuneafrique.com/486188/politique/retour-de-soro-en-cote-divoire-reculer-pour-mieux-rugir/

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