Côte d'Ivoire, crise postélectorale : les femmes en première ligne

Se pardonner passe par la vérité sur les grands crimes de notre histoire. C’est ce qu’on peut retenir de cet éditorial signé Innocent Gnelbin, président de 2IDé. A lire !

Les images du dernier Traité d’Amitié et de Coopération (TAC) entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso incitent à une interrogation particulière. Cette interrogation est d’autant plus légitime qu’elle provient de l’image que nos pays projettent à travers le monde. Mais aussi et surtout quant à tous ce qu’il a manqué d’offrir à la richesse universelle.

Pour une cérémonie officielle et médiatisée, deux gouvernements et deux styles fortement différents. D’une part l’exécutif ivoirien, de son Président jusqu’aux ministres sont vêtus en costume dont la qualité n’a rien à envier au costard des stars hollywoodiennes.

De l’autre côté, l’exécutif du Burkina Faso dont le Président et son gouvernement étaient vêtus en boubou, fait dans un style bien du Pays des Hommes intègres avec du coton produit sur place. Cette appellation « Pays des Hommes intègres » vaut son pesant d’or, dans le commentaire que suscitent ces deux images.

Promotion des richesses culturelles

Ce dont nous parlons, c’est l’image et le sens d’une image qui est forte : celle d’une Afrique qui s’assume et celle d’une Afrique qui se complaît dans sa perte de valeur. Il y a deux faits majeurs par cet acte du gouvernement du Burkina Faso.

La première est celle de faire la promotion de ses richesses culturelles, aux yeux du monde. La seconde est un acte de promotion porté par le plus haut dirigeant de ce pays. Il vise la ruée d’acheteurs potentiels locaux et internationaux vers les artisans et les produits locaux.

Ainsi, une économie peut se greffer à terme autour de cette richesse. Etant entendu que lorsqu’une demande existe et se consolide, une industrie liée à cette spéculation peut naître et être source durable de création de richesses.

D’ailleurs, le Président Thomas Sankara l’avait si bien compris qu’il avait été l’initiateur de cette économie basée sur les richesses intérieures du Burkina Faso. Avec lui, le peuple burkinabè avait retrouvé sa fierté d’être le Pays des hommes intègres.

Loin de nous, l’intention de donner un blanc-seing au gouvernement actuel d’un pays frère dont nous savons que les peuples sont aussi toujours en lutte pour une démocratie vraie.
Dans un contexte de mondialisation et de globalisation, on peut être tenté de se demander ce que notre pays a apporté ou peut apporter à la « Civilisation de l’universelle » dont parla le poète-président Léopold Sédar Senghor.

Pour faire simple, qu’est-ce que, durant des décennies, notre pays a apporté à la richesse universelle ? Peut-on raisonnablement aller à la rencontre universelle avec des réalités propres à d’autres peuples ?

Politiques culturelles extraverties

Les dirigeants se succèdent en Cote d’Ivoire et les politiques économiques, sociales et culturelles sont toutes extraverties. Notre économie reste grandement basée sur l’agriculture qui elle-même se concentre progressivement au niveau des cultures de rente avec pour principale objectif de créer les matières premières nécessaires aux industries occidentales.

Encore que même là nos exportations sont aux mains de firmes occidentales telles que Cargill, Amandjaro et consorts. Une telle économie perd la plus-value issue de la transformation et se maintient ainsi dans un cercle infernal d’endettement et de sous développement.

Sur le plan social, notamment en termes d’éducation, notre système éducatif n’a pas grandement varié depuis l’époque coloniale. Il n’est pas soutenu par des objectifs d’appropriation de notre histoire, de ses valeurs et richesses culturelles afin de donner aux générations successives la capacité d’être compétitives dans le concert des nations. Les objectifs de notre système restent flous et non-adaptés aux enjeux liés à notre développement.

Malgré l’interpellation d’éminents intellectuels d’ici et d’ailleurs, les programmes notamment d’histoire sont centrés jusqu’à ce jour encore sur l’histoire de l’Occident et celle liée à l’occident et dominé par l’exaltation d’une image écornée et dégradante de la traite négrière, la décolonisation et toutes les formes possibles d’humiliation. Nous refusons de nous approprier notre histoire et dénaturons de ce fait notre identité.

Il y a tellement à dire sur nos valeurs perpétuées par des générations et des générations durant des siècles et que nos arrières-parents nous content avec fierté, dans nos villages. Ou tout simplement que fait-on de notre histoire commune de depuis 1960 avec ses complexité et ses vérités cachées, furent elles douloureuses.

Vérités

Apprendre à se regarder et à se pardonner passe par l’appropriation des vérités de souffrance des peuples dans leurs diversités (l’affaire du Sanwi, des Guebié, les chartes du Nord, le coup d’État de 1999, la rébellion de 2002, etc.) et des joies partagées par tous (la décolonisation, le miracle économique, le multipartisme, la CAN de 1992, etc.). J’en passe.

Mais a-t-on le courage de regarder avec sincérité dans notre rétroviseur commun comme le peuple arc-en-ciel de l’Afrique du Sud a su le faire ? Pour vivre un avenir commun, il faut savoir regarder l’histoire commune.

Que fait-on de nos langues maternelles qui pourtant même de l’avis de l’Unesco sont à sauvegarder. Aujourd’hui, dans un pays comme le Ghana, neuf langues locales sont enseignées dont l’une est utilisée dans le quotidien des Ghanéens, le TWI. Grâce à cette approche le valeureux peuple ghanéen a une identité et une fierté, base de leur grandeur qu’ils établissent progressivement dans le monde.

Notre système de santé bien que performant par rapport à plusieurs pays d’Afrique de l’ouest, n’a pas encore réussi à intégrer la médecine traditionnelle qui pourtant, de l’avis de sachants, reste une valeur ajoutée à bien des égards. Plusieurs maladies mieux connues de nos réalités ne trouvent de guérison que par cette alchimie bien de chez nous (Coco, dysenterie, Bobodjouman, etc.)

Les valeurs qui sont promues dans notre société à travers le système éducatif, les medias et les exemples promus et que finalement chacun s’est approprié, ce sont des valeurs occidentales. Et bien souvent parmi elles nous faisons notre, celles qui ne nous apportent aucune valeur ajoutée.

Se pardonner passe par la vérité

D’ailleurs en dehors de notre pays, il n’est pas difficile de distinguer un Ivoirien parmi les autres peuples africains tant l’absence de particularisme finit par nous donner une singularité hybride distinguable à perte de vue.

Le dernier TAC doit nous interpeller tous autant que nous sommes. La Côte d’Ivoire, c’est plus de 60 ethnies avec des richesses culturelles aussi importantes les une que les autres. Nous devons avoir conscience que très rare sont les pays qui ont autant de richesse.

II appartient à nos dirigeants de sortir de ces petits comportements élitistes inutiles et de regarder notre pays comme un enjeu important pour l’histoire de l’humanité et pour sa survie.

On ne devrait pas diriger un pays parce qu’on est trop fort mais parce que l’on a une bonne compréhension de l’histoire du monde et de ses enjeux générationnels. Nous perdons nos langues maternelles et avec elles toutes leurs richesses de transmission des codes de notre histoire.

Nous perdons nos milliers de danses nationales. Ces danses qui représentent pourtant chacune un pan de ce que nous sommes, de notre expression identitaire et des réalités qu’elles expriment à chaque fois que les pas sont esquissés.

De même, nous perdons notre civilisation au point de penser que des leaders occidentaux qui participent à cette acculturation ont raison de dire que notre problème est civilisationel.
Nous perdons le mode de gestion de nos sociétés et avec lui toutes les valeurs de solidarité et de dignité humaine.

A lire du même auteur:

« Nos gouvernants n’ont tiré aucune leçon des crises passées » (Gnelbin)

Enfin, nous pouvons et devons en sortir. Mais pour que cela se fasse, il faut encore que ceux qui prétendent présider aux destinées de notre pays, à qui il échoit l’initiative des mesures, des lois et de leurs mises en œuvre, en aient conscience.

Ils sont tellement fiers de leurs snobisme à l’occidental qu’il est à se demander s’ils comprennent que l’avenir du progrès de notre société est en rapport avec notre capacité à apporter à la richesse universelle, notre particularisme culturel.

Pour 2IDé
Le Président

Innocent Gnelbin

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