André Silver Konan

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Chiffres ronflants sur la création d’entreprises : Le miroir aux alouettes (2IDé)

Chiffres ronflants sur la création d’entreprises : Le miroir aux alouettes (2IDé)

« Chiffres ronflants sur la création d’entreprises : Le miroir aux alouettes ». A lire la déclaration d’Innocent Gnelbin, président de 2IDé.

Le climat des affaires en Côte d’Ivoire va bien et même très bien. C’est en substance ce qui ressort du message délivré par le directeur général du Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (Cepici), M. Emmanuel Esmel Essis. C’était lors de la conférence bilan d’exercice des activités de la structure qu’il dirige. Le 20 janvier 2017.

Ce message a été réitéré lors d’un panel qu’il a animé à l’occasion du 2è Forum de la Diaspora ivoirienne tenu à Abidjan les 22 et 23 mai 2017. En chiffre, on peut noter que depuis 2012, date de sa création en 2016, le Cepici aura enregistré une croissance de 44% du nombre d’entreprises.

La tendance actuelle de la création, selon le DG du Cepici, est de l’ordre de 40 entreprises par jour. Depuis 2013, ce sont 35 places qui ont été grappillées, coup sur coup, dans l’indice Doing business de la Banque mondiale. Les chiffres sont impressionnants et même enchanteurs à bien des égards. Tout cela porte à croire que tout va bien en Côte d’Ivoire, du moins pour ce qui concerne le secteur des affaires.

Création d’entreprises et chiffres ronflants

Le directeur du guichet unique de l’investissement reconnait que la croissance exponentielle de la création d’entreprise ne s’accommode de ce que l’on aurait attendu en termes de possibilité d’absorber le nombre de chômeurs puisque le nombre d’emplois prévu par sa structure a baissé en 2016. Il est passé de 39388 emplois prévisionnels en 2015 à 34368 emplois prévisionnels. Soit une baisse de 13%.

Pour le dire simplement, la multiplication des entreprises devrait contribuer à réduire de façon drastique le nombre de sans-emplois. Que non ! Entre cette apparente embellie du climat des affaires et le taux de plus en plus grandissant du nombre des sans-emplois, du taux de pauvreté, la faiblesse de la résilience, il y a tout un paradoxe.

Ce mea culpa d’un haut responsable de l’État donne raison à l’Initiative ivoirienne pour la démocratie et le développement (2IDé) d’observer quelques considérations sur ce qui apparaît comme un miroir aux alouettes.

En effet, derrière ces chiffres mirobolants qui sont exaltés comme pour séduire l’opinion, se dresse un malaise. Encore que ces chiffres dissimulent un mal profond qu’il semble important de décrypter, sans doute en vue de révéler un mal-être de la société ivoirienne dans son ensemble.

Pratiques mafieuses

Pour 2IDé, ce paradoxe s’explique par le fait que pour échapper au fisc, certaines entreprises disparaissent en déclarant faillite, puis réapparaissent sous d’autres noms. C’est un secret de Polichinelle que de nombreuses entreprises jouent à cache-cache avec les impôts, dans un pays ou le système d’imposition demeure un élément destructeur de nombreuses initiatives privées.

En outre, il convient de reconnaître que la Côte d’Ivoire ne dispose d’aucun mécanisme de suivi pour assurer et faciliter l’incubation des nouvelles entreprises et partant leur autonomisation. De sorte que de nombreuses entreprises se faufilent en faisant du faux en écriture, lorsque d’autres, faute d’assistance et de suivi ,disparaissent avant d’avoir gagné leur autonomie.

Il nous revient également que certaines hautes personnalités étatiques ne disposant d’aucune expertise dans certains secteurs d’activités créent des entreprises écrans sur papier. Ils usent de leur position pour s’arroger les contrats au détriment des entreprises qui ont les compétences requises.

Il s’ensuit que pour réaliser les services requis, ces entreprises écrans recourent, sous la forme de sous-traitances à celles qui ont le savoir-faire. De telle manière que les firmes qui ont compétence se retrouvent à monnayer en échange de prébendes avec ces firmes fantoches.

Elles sont obligées de se contenter de strapontins si elles ne veulent pas mettre la clé sous le paillasson. Ces dernières, astreintes à ce système de racket sont tenues bon gré mal gré à la survie si bien que ce sont les services qui en découlent qui sont des succédanés. Tout cela se fait au détriment du contribuable.

Tous les secteurs sont concernés par ces pratiques mafieuses. Notamment celui des infrastructures telles que les routes qui ont beaucoup souffert de cette situation. Avec la saison pluvieuse, ce sont de nombreuses routes qui sont dégradées, faute de sérieux. Routes qui pourtant n’ont que quelques mois de durée de vie.

La route devient un obstacle

Finalement la route qui devrait précéder le développement devient son principal obstacle.
Au regard de ce tableau, 2IDé recommande la transparence dans tous les appels d’offres. Afin de mettre fin à cette forme de concurrence déloyale dans l’attribution des marchés publics.

Le suivi dans l’exécution de tous les contrats. Ce suivi implique aussi bien les phases d’exécution des travaux, les délais impartis, et le suivi-évaluation après les travaux. L’accélération la mise en place de la Haute Autorité de Justice, conformément à la Constitution de 2015, à travers la prise de la Loi organique afin de faire face à certains conflits d’intérêt que l’on observe de la part de hauts responsables de l’administration.  Ce qui est de nature à mettre en mal la libre et saine concurrence dans l’attribution des marchés publics.

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2IDé recommande en outre, qu’une loi soit adoptée pour faire exigence aux banques afin qu’elles concèdent une partie de leur vaste bénéfice avant impôt, au financement des PME. Cette concession sera un investissement et devra être géré en rapport avec un comité des banques et les regroupements des PME.

Enfin, il est urgent de faire du Cepici un organisme d’encadrement et de suivi des PME appartenant à des nationaux. C’est une exigence pour édifier des entrepreneurs ivoiriens compétitifs sur les marchés nationaux et internationaux.

Pour l’Initiative Ivoirienne pour la Démocratie et le Développement (2IDé)
Le Président

Innocent Gnelbin

André Silver Konan

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