André Silver Konan

Parce que nous n'avons pas le droit de nous taire

Retrait de la loi sur la presse : Les journalistes n’ont pas eu besoin de prendre des armes

Retrait de la loi sur la presse : Les journalistes n’ont pas eu besoin de prendre des armes

Retrait de la loi sur la presse : Les journalistes n’ont pas eu besoin de prendre des armes. C’est ce qui ressort de l’éditorial d’André Silver Konan, à l’émission Matin Bonheur de la RTI, du vendredi 2 juin 2017.

Le jeudi 31 mai, deux textes importants sur la presse et la communication audiovisuelle, adoptés en commission, début mai, ont été purement et simplement retirés de l’ordre du jour, de la séance plénière de l’assemblée nationale.

En cause : la levée de boucliers de journalistes, de leaders politiques et de la société civile contre la loi sur la presse, qui selon eux, consacrerait un recul de la liberté de la presse. Ce qui n’était pas l’avis du gouvernement et du RDR, qui dans un communiqué avait évoqué une avancée significative.

Mon intervention, que les choses soient claires, ne vise pas à juger de la pertinence ou non des arguments soulevés par les uns et les autres. Mon intervention de ce matin est relative au retrait des textes, de l’ordre du jour de l’assemblée nationale. C’est donc une intervention sur la forme et non sur le fond.

Retrait de la loi sur la presse

Sur la forme, Bruno Koné explique : « Le gouvernement à l’écoute des populations décide de se donner un peu plus de temps pour l’adoption des textes de loi sur la presse et l’audiovisuel. Cela laissera le temps au gouvernement d’entendre et d’analyser les critiques et de faire la pédagogie nécessaire pour ce type de texte.

Belle citation, en effet. Autant il faut saluer la maturité avec laquelle les journalistes aidés de leaders de la société civile, ont engagé cette lutte pour le retrait ou la reformulation de certains articles de la nouvelle loi sur la presse, autant il faut saluer le courage du gouvernement.

Cette explication du ministre de la Communication renferme tout le symbolisme de l’humilité. Le gouvernement, dans un élan de responsabilité, n’a pas fait ce que d’autres à sa place auraient fait. A savoir faire passer le texte, envers et contre tous.

« Morale de l’histoire : L’émotion comme l’orgueil n’ont jamais fait de grands dirigeants. Prendre du recul relativement à un projet, ne dévoile aucune espèce d’humiliation »

Au mépris des avis des concernés et soutenu par cet orgueil atavique qui a souvent endurci le cœur de bien de décideurs. Et les a aussi perdus, en fin de compte.

Rappelez-vous, la fameuse loi Travail, maintenue et promulguée, au forceps, par François Hollande, a définitivement scellé son sort en France. La suite est connue, il n’a pas daigné se représenter à un second mandat, alors que la loi l’y autorisait.

Morale de l’histoire : L’émotion comme l’orgueil n’ont jamais fait de grands dirigeants. Prendre du recul relativement à un projet, ne dévoile aucune espèce d’humiliation et n’est pas synonyme de désaveu. C’est plutôt un indice de responsabilité. C’est cela le vrai courage politique.

Leçons

En fin de compte que faut-il retenir du report de l’examen du projet de loi sur la presse ? Une leçon, sinon deux. Première leçon : des citoyens peuvent arriver à obtenir d’un gouvernement, qu’il revoit sa position, sur une question précise. Sans prendre les armes, ni user d’invectives contre les dirigeants, encore moins de violences.

Deuxième leçon : des dirigeants peuvent admettre qu’ils se sont trompés, sans pour autant passer pour des faibles. Bien au contraire, en passant pour des hommes sages et éclairés.

A lire, sur le même sujet:

Report de la loi sur la presse: « Plus rien ne sera comme avant » (ASK)

De fait, le plus compliqué était de maintenir l’adoption de cette loi. Et à l’heure où je vous parle, peut-être que des journalistes auraient durci leur contestation, en enflammant des pneus. Le plus simple était justement de reporter l’examen de la loi. Et prendre le temps d’écouter les concernés.

On le voit, faire simple a toujours été avantageux pour un dirigeant politique. Pour ma part, la question que je continue de poser n’a pas changé. Pourquoi sur certains sujets, certains responsables politiques continuent de faire compliqué, ce qui est pourtant très simple ?

André Silver Konan

André Silver Konan

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *