Le gouvernement, par mépris, a voulu faire compliqué ce qui était pourtant simple, dans la crise de l'agrobusiness

Agrobusiness : 7 mois de méchanceté, de mensonges et de mépris. Démonstration sur la règle des 3 M qui a guidé une décision qui aurait dû consacrer la charité, la compétence et la clairvoyance (3 C).

Tout commence le 4 novembre 2016. Cela fait donc exactement sept mois que la crise perdure. Alors qu’il suffisait que le gouvernement laisse les entreprises payer leurs clients, six mois plus tard, et depuis un mois, on aurait tous constaté leur incapacité ou non. Bref.

Ce jour-là, le gouvernement décide de mettre en place un Groupe de travail comprenant le Trésor, la BCEAO, l’Association Professionnelle des Banques et Etablissements Financiers de Côte d’Ivoire (APBEF-CI), la Cellule nationale de traitement des Informations financières (Centif), la Police économique, le CNRA et le ministère de l’Agriculture.

Du rapport du Groupe de travail, il ressort que « le phénomène d’agro-business a commencé timidement en Côte d’Ivoire entre 2008 et 2009 avec Monhevea.com et Respidia, pour atteindre sa vitesse de croisière en 2016 avec l’enregistrement de 26 autres entreprises ».

Problème. Où étaient la police économique et la Centif, depuis tout ce temps, pour que subitement, en 2016, sans qu’aucun souscripteur ne se plaigne d’arnaque, le gouvernement s’invite dans cette affaire ?

7 mois de méchanceté, de mensonges et de mépris

Les autorités ont essayé, durant la gestion de ce dossier, de raconter des histoires, pour diaboliser des dirigeants d’entreprises. Et pourtant, les conclusions du rapport du Groupe de travail ont mis en exergue, un et un seul fait : « Il est établi très clairement que les sociétés concernées par l’étude fonctionnent pour la plupart sous le modèle pyramidal ou système de Ponzi, traduisant ainsi la non-viabilité du modèle »

En clair, selon le rapport « les RSI payés aux souscripteurs ne proviennent pas des revenus issus de la vente des récoltes mais plutôt des nouvelles souscriptions ». Notons que le rapport a indiqué que le Groupe de travail n’a pu effectuer de déplacement sur les sites d’au moins cinq entreprises, mais celles-ci ont quand même vu leurs comptes gelés (méchanceté).

Selon le rapport, « cinq types de risques majeurs ont été identifiés » : risques liés à l’activité agricole, risque de marché, risque de non-conformité, risque de blanchiment, risque de contagion bancaire.

Pour mieux adapter le mensonge, ce qui était identifié au départ comme risques a fini par devenir un fait incontestable. On est donc parti de risque de blanchiment à c’est du blanchiment, sans jamais pouvoir le prouver, en tout cas pas publiquement.

« Que de mépris ! Que de méchanceté ! Que de mensonges dans la gestion de ce dossier ! Pourquoi depuis tout ce temps, n’avoir donc pas laissé les entreprises rembourser leurs souscripteurs et superviser simplement l’opération ? »

En janvier 2017, c’est le procureur qui nous apprend qu’en fait, c’est le Trésor qui l’a saisi d’une plainte, pour escroquerie, le …30 septembre 2016. Le Trésor ? Quelle entreprise parmi les 26 a escroqué le Trésor ? Sur quel montant ? Le Trésor était-il client des entreprises d’agrobusiness ?

Personne au Trésor n’a jamais pu répondre à ces questions (mépris). Quant à la décision de gel des comptes des entreprises, c’est un flou artistique qui a été entretenu (mensonge) autour de la date de prise de la décision.

Contradictions

Pendant que le Comité de veille disait, le 4 février 2017, que « L’État en tant que garant de l’intérêt général, a pris une série de mesures conservatoires dont le gel des comptes desdites sociétés pour sauvegarder les intérêts de chaque souscripteur », le Trésor, trois semaines plus tôt, soit le 15 janvier 2017, nous apprenait, par contre, que « les comptes de ces structures ont été mis sous surveillance, sur réquisition du procureur de la République ».

Quand la décision de gel a été effectivement prise ? Mystère (mensonge). Une chose est certaine, la première déclaration du Groupe de travail, mis en place le 4 novembre (comme je l’ai indiqué plus haut), laissait pourtant entendre qu’avant même de commencer son travail, les comptes avaient été déjà gelés.

Voici la phrase qui trahit cela : « Au titre des mesures à court terme (…) étendre la mesure de surveillance des comptes des entreprises d’agro-business aux dirigeants et leurs ayants droits ».

En clair, la décision de gel des comptes avait déjà été prise, avant la conclusion du premier rapport. Qui a pris cette décision ? Sur quelle base ? Quand ? Pourquoi ? Mensonge, mépris et méchanceté.

Mais la vraie méchanceté viendra de la décision de remboursement des souscripteurs. Le 28 janvier 2017, le Groupe de travail a proposé que soit « arrêté le mode opératoire pour le désintéressement des souscripteurs ».

Toutes les maisons (je dis bien toutes) d’agrobusiness étaient favorables au remboursement de leurs souscripteurs par elles-mêmes, dans les montants de leurs Retours sur investissement (RSI).

Tous les souscripteurs (je dis bien tous) étaient favorables à ce que les entreprises d’agrobusiness les remboursent sur la base de leurs RSI. Pour ma part, je proposais que l’Etat laisse les deux parties se gérer entre elles, comme elles-mêmes le proposaient, à charge pour lui, de superviser les opérations et de surveiller les mouvements sur les comptes.

Ce qu’il fallait faire

Je répète, sept mois plus tard, que c’est cela qu’il fallait faire parce que c’est cela qui était simple et juste. Si l’Etat avait procédé ainsi, on ne parlerait plus aujourd’hui de cette affaire. A tout le moins, ce seraient les souscripteurs qui auraient porté plainte, et non le Trésor, pourtant pas cliente desdites entreprises.

Au lieu de cela, par une arrogance et un rare mépris, les autorités ont décidé que le remboursement se ferait par elles-mêmes. Et les souscripteurs n’auraient plus droit à leurs RSI, mais à des remboursements qui pour certains étaient dans l’ordre de la moquerie car s’élevant à moins de 1% du capital investi.

4 février 2017 : le Comité de veille annonce que les remboursements vont se faire « sur la base des fonds disponibles ». 15 février : le porte-parole du gouvernement annonce que « les remboursements se feront sur la base du capital investi dans la mesure évidemment des soldes disponibles sur les compte ». Fonds disponibles ou capital souscrit ? Les contradictions sont visibles, les contre-vérités aussi.

Ce jour-là, le gouvernement annonce au plus tard, pour « fin février », le début des opérations. Fin février, point de remboursement (mensonge). 15 mars : l’administrateur séquestre nommé dans la foulée et au mépris des règles de l’orthodoxie, parmi les conseillers du ministre de l’Economie, annonce que les autorisations sont accordées ce jour-même, aux banques pour effectuer eles paiements par virements bancaires ».

Remboursements fantômes

Le même jour pourtant, le porte-parole du gouvernement annonçait que la phase 1 des remboursements était satisfaisante. Dans les faits, aucun remboursement n’était effectif ce jour-là.

Mais, sans rire, ni être gêné, sans que la phase 1 n’ait commencé, de l’aveu même du séquestre, le gouvernement annonçait la phase 2 des remboursements, pour le 23 mars.
6 avril : le gouvernement annonce que la phase 3 des remboursements débute ce jour-là et la 4è et dernière phase, prévue pour le 20 avril.

13 avril : le gouvernement annonce qu’il ne souhaite plus communiquer sur l’affaire et qu’il laisse le soin à l’administrateur séquestre de le faire. Preuve suffisante que l’adaptation du mensonge n’est pas chose aisée et qu’il s’est complètement mélangé les pinceaux dans cette affaire, simplement parce qu’au départ, le dossier a été géré avec arrogance, émotion et mépris.

01 juin : alors qu’on croyait que les remboursements étaient terminées et que les souscripteurs qui disaient qu’ils n’avaient encore rien reçu de leur argent, cherchaient à nous manipuler, c’est l’administrateur séquestre qui avait jusque-là assuré que les remboursements se déroulaient sans problèmes, qui nous apprend que « Les banques se sont (enfin) engagées à se joindre au processus de remboursement ».

Que de mépris ! Que de méchanceté ! Que de mensonges dans la gestion de ce dossier ! Pourquoi depuis tout ce temps, n’avoir donc pas laissé les entreprises rembourser leurs souscripteurs et superviser simplement l’opération ?

Sept mois officiellement, neuf officieusement, que ça dure, alors que le remboursement se faisait jusque-là, par les entreprises (pas toutes, en tout cas les principales essayaient de respecter plus ou moins le délai), selon un cycle de six mois.

A lire, ce que je proposais:

Agro-business, ma proposition: « Dégelez les comptes des 28 entreprises ! »

En fait, seuls 20% des souscripteurs dont les comptes sont logés à Nsia Banque ont été remboursés, depuis que les autorités alignaient les phases 1, 2, 3 et 4 des remboursements.

Par ces moments post-carême chrétien et de carême musulman, si les uns et les autres estiment qu’ils ont agi en mettant en avant la charité (intérêt des souscripteurs), la compétence (justice) et la clairvoyance (on ne tue pas un modèle économique juste parce que des entreprises ne sont pas en règle vis-à-vis des règles, on amène ces entreprises à se mettre en règle), la règle des 3 C, qu’ils restent bénis.

Si cependant c’est la règle des 3 M qui a prévalu, que chacun soit mesuré à la mesure dont il s’est servi pour mesurer 100 000 souscripteurs, parmi lesquels des veuves, des orphelins et des milliers de personnes qui ont tout perdu et dont la vie est totalement gâchée.

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