La nouvelle loi sur la presse en Côte d'Ivoire consacre un réel recul démocratique

Innocent Gnelbin à Alassane Ouattara: « retirez cette loi sur la presse, car au fond c’est vous qu’elle finira par desservir ». Lire de larges extraits de la déclaration de Initiative ivoirienne pour la démocratie et le développement (2IDé).

De nos jours, il est quasi impossible de vouloir faire la police partout comme se fut le cas dans les années 90. Malheureusement le pouvoir d’Abidjan veut s’y essayer. Cette approche contre productive pour son image déjà écorchée par les récents événements, ne fera que confirmer si besoin est, que nous sommes à la croisée des chemins en Côte d’Ivoire.

Treize ans après la loi n° 2004 – 643 du 14 décembre 2004 et dix sept (17) ans après le début du troisième millénaire, notre gouvernement estime qu’il faille revenir aux vielles méthode du 20ème siècle.

« Ce projet de loi est un recul démocratique grotesque (…) PAR L’expression « quiconque par voie de presse ou par tout autre moyen de publication »‘

En effet, l’article 90 de ce nouveau projet de loi dit : « Est puni d’un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 300 000 à 3 000 000 de francs, quiconque par voie de presse ou par tout autre moyen de publication : incite au vol et au pillage, au meurtre, à l’incendie et à la destruction par quelque moyen que ce soit, de biens publics et privés, à toutes formes de violences exercées à l’encontre de personnes physiques et morales ainsi que sur les biens, ou à l’apologie des mêmes crimes et délits ;

incite à la xénophobie, à la haine religieuse, à la haine raciale et à la haine sous toutes ses formes ; fait l’apologie des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes de génocides ou de collaborations avec l’ennemi ; incite les militaires et des forces de l’ordre à l’insoumission et à la rébellion ; porte atteinte à l’intégrité du territoire national, à la sûreté intérieure et extérieure de l’Etat ».

Cet article qui expressément fait abstraction à la dépénalisation des délits de presse et des délits par voie de presse, sera manifestement un obstacle à toute expression contraire à la volonté de nos pouvoirs publics. Il suffit pour ce faire de rentrer dans des interprétations de mauvais aloi du droit pour ouvrir la voie à des emprisonnements en cascades.

Les supporters de ce projet utilisent bien souvent l’article 89 pour sa défense. Celui-ci stipule : « La garde à vue, la détention préventive et la peine d’emprisonnement sont exclues pour les infractions commises par voie de presse ou tout autre moyen de publication, sous réserve des dis- positions de l’article 90 du présent projet de loi. ».

Cet article n’est pas un instrument de dépénalisation des délits de presse mais une nuance de l’article 90 en quelque cas près qui seront jugés conformes à ce que notre Régime peut juger acceptable dans sa volonté d’hégémonie.

Ce projet de loi est un recul démocratique grotesque d’autant qu’il va au delà de la pénalisation des délits de presse pour prendre en compte la pénalisation des délits par voie de presse et par tout autre moyen de publication. L’expression utilisée est « …quiconque par voie de presse ou par tout autre moyen de publication… ».

Aussi désormais chacun d’entre nous peut être poursuivi et arrêté lorsqu’il exprime une position ou une information qui ne cadre pas avec le vouloir de notre Régime. Cela est tout simplement ahurissant et dangereux.

 

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Cette loi n’a pas de sens dans le contexte actuel où le besoin d’information reste d’une importance cruciale dans une Côte d’ Ivoire où la bonne gouvernance n’existe que de nom. Les peuples ont besoin de savoir tout des crimes économiques et politiques. Ils ont besoin de contrôler l’action de leurs gouvernants et de leurs politiques afin de pouvoir user de leur souveraineté. Cela passe par la démocratisation de l’information.

Et même si ce projet de loi devrait être voté par nos députés qui pour la plupart malheureusement représentent des intérêts autres que ceux du peuple, se serait un élément additionnel des éléments à charge contre le pouvoir en place justificatif de sont illégitimité.

Au demeurant, le ministre de l’intérieur pourra t-il arrêter tous ceux qui s’opposent à cette pensée unique en gestation ? Non et non. Car pour que ce projet soit efficace dans ses ambitions politiques, il faudrait que la répression soit totale sur les réseaux sociaux notamment. Ah ! Mais là, se serait vraiment fastidieux…

C’est tout de même triste de voir que des personnes qui ont condamné l’emprisonnement de journalistes et de leaders d’opinions sous d’autres régimes, soient disposées à le consacrer à leur tour. Oubliant certainement qu’un jour ils ne seront plus aux affaires et que cette loi pourrait être utilisé contre eux.

Un pays adopte des lois progressistes dans le but de servir au bien être de la postérité. Hélas chez nous, où les dirigeants font de l’acquisition du pouvoir d’Etat une fin en soit, ces derniers gouvernent juste pour assurer la survie dudit pouvoir et de leurs différents intérêts. Il faut bien mettre un terme à cette manière de gouverner nos Etats car en définitive cela cause un préjudice énorme à nos populations.

A voir la vidéo, sur le même sujet:

La Côte d’Ivoire n’est pas et ne sera la propriété d’un individu ; elle est notre bien commun et le seul pays que nous laisserons aux futures générations. N’est il pas temps d’arrêter de faire reculer ce Pays qui mérite mieux que ce à quoi nous assistons ?

Monsieur le Président de la République, retirez cette loi car au fond c’est vous qu’elle finira par desservir.

Innocent Gnelbin
Président de 2IDé

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