« Justice pour les 4 personnes tuées par les mutins ! » C’est la quintessence de l’éditorial du 19 mai 2017, d’André Silver Konan, à Matin Bonheur (RTI). 

Du vendredi 12 au mardi 16 mai, la Côte d’Ivoire a, une fois de plus, été secouée par une mutinerie, la troisième, depuis 2014, impliquant ceux qu’il convient désormais d’appeler les soldats du Contingent 8400.

Le gouvernement avait annoncé, au premier jour des contestations, la fin des négociations et privilégier la fermeté. L’Etat-major des armées avait révélé, en fin de week-end, la mise en œuvre d’une opération militaire, destinée à libérer les villes tenues par les mutins, principalement Bouaké.

« Jusque-là, j’ai vu des autorités rendre visite à des blessés, déclarer qu’une enquête est ouverte pour la cache d’armes, mais aucun mot sur une enquête visant à rendre justice aux 4 morts »

Au final, point d’opération militaire, point d’affrontements sanglants, point de pleurs et de grincements de dents, du moins lors de confrontations. Les quatre morts et les neuf blessés enregistrés au cours de ces jours qui ont rappelé des souvenirs douloureux aux Ivoiriens, ont été causés, non par une action du gouvernement, mais par des tirs des mutins.

La justice est aussi l’arme des forts

Entre le bâton de la force et la carotte du dialogue, le gouvernement a finalement opté pour le second choix qui est celui de la sagesse. Le dialogue, en fin de compte et tout compte fait, n’a jamais fait de mal à personne, parce qu’il demeure une arme redoutable, une arme utilisée et privilégiée par les forts.

Entendre par forts, non ceux qui usent exagérément de la force physique ou létale, mais ceux qui dominent leurs pulsions guerrières, leur orgueil d’hommes blessés. Ceux qui, dans un élan d’humilité et de charité, acceptent de tendre la main à d’autres, qui autrement auraient pu être écrasés, au mépris des dégâts collatéraux.

C’était un choix cornélien, comme l’a admis le ministre Alain-Richard Donwahi : « Est-ce qu’il fallait endeuiller les populations ? Vous savez que c’est facile de tirer avec un fusil. Mais les conséquences, les dégâts que vous pouvez causer sont importants. Donc le gouvernement a jaugé et a préféré utiliser la voie que nous avons utilisée pour arriver à une solution qui soit la meilleure pour notre pays, pour nos populations.

Nous avons déjà vécu beaucoup de déchirements. Dix ans de crise, ensuite une crise postélectorale, qui a encore fissuré et tué. Je crois que nous avons trop de morts en Côte d’Ivoire. Nous n’en voulons plus. Nous voulons que les Ivoiriens vivent en paix ».

Vivre en paix, c’est le rêve et le souhait de tout peuple. Mais pour que de tels regrettables événements ne surviennent plus demain, certes, les autorités doivent mieux communiquer, pour que le peuple comprenne mieux ses choix, mais elles doivent privilégier l’option de la justice, après le dialogue.

Justice pour les 4 personnes

De fait, la justice, comme le dialogue, est aussi l’arme des forts. Chacun doit assumer avec responsabilité. Autant les mutins ont mis assez de détermination à se montrer garçon, comme on dit prosaïquement, autant un garçon, un vrai ne devrait pas se dérober, quand arrive le moment de faire face aux conséquences de ses actes.

Il y a eu quatre morts, au terme de cette mutinerie. Ces quatre morts n’ont pas été causées par les 8400, mais bien par trois ou quatre individus. Ceux-ci doivent se montrer garçons jusqu’au bout, en répondant de leurs actes, devant la justice, avec responsabilité. Encore faudrait-il que la justice elle-même daigne ne pas s’auto-censurer.

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Jusque-là, j’ai vu des autorités rendre visite à des blessés, déclarer qu’une enquête est ouverte pour la cache d’armes qui a été découverte, mais aucun mot sur une quelconque enquête visant à rendre justice aux quatre morts. Sauf erreur de ma part.

Nous nous demandons comment mettre un terme à ce genre de mutinerie ? Eh bien, commençons par mettre un terme à ce genre d’impunité. Ainsi, demain, celui qui sortira de sa caserne, avec un fusil et des munitions, fera plus attention, quand il pensera, qu’après le vuvuzela avec son arme, viendra l’heure des comptes avec la justice.

André Silver Konan

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