Les Ivoiriens, dans leur ensemble, n'ont pas tiré de leçons de la rébellion de 2002

Nos gouvernants n’ont tiré aucune leçon des crises passées, c’est en tout cas, ce que croit Innocent Gnelbin, le président de l’Initiative ivoirienne pour la démocratie et le développement (2IDé). Décryptage.

L’image d’une armée qui décline ce qui fait son essence, c’est-à-dire sa discipline, à fait le tour du monde depuis ce vendredi 12 Mai 2017. Désacralisant et décrédibilisant ainsi, en affaiblissant de fait la première institution de notre Pays : le président de la République.

Que s’est il passé pour qu’une cérémonie de pardon, de renonciation aux revendications et d’affirmation du respect dû aux institutions, se tienne en présence du président de la République sans qu’aucun de ses ministres, de ses proches conseillers n’aient fleuré le coup qui se préparait pour le lendemain ?

« Nos gouvernants n’ont tiré aucune leçon… »

Peut-on dire que toutes ces autorités et même l’état major, n’ont pas vu venir ? Se serait extrêmement grave pour la sécurité de nos institutions. Ou alors, peut-on dire que les manœuvres politiques dilatoires dont ont coutume les pouvoirs sous nos tropiques, ont été encore une fois servi aux Ivoiriens ce soir du 11 mai 2017 à la télévision nationale ?

Seulement une telle approche qui montre bien souvent ses limites, était bien risqué en ce qui concerne la grande muette qui, ces temps ci devient de plus en plus bruyante. En somme, l’un dans l’autre, la cérémonie du 11 mai suivie des mouvements d’humeur des soldats le 12 mai, ont fini par fragiliser une institution déjà mal en point ; la présidence de la République.

L’image que sert notre pays à travers le monde est pitoyable et dommageable pour tous et pour tout. Ne pouvait-on pas éviter un tel scénario ? Que se passe t-il au juste en Côte d’Ivoire ?

Notre pays est victime de deux plaies essentielles. La première est que nos gouvernants n’ont tiré aucune leçon des crises passées. La seconde est que la reforme de l’armée a souffert de la première situation.

« La Côte d’Ivoire est très malade »

Notre Pays a traversé des graves crises séquentielles. Notamment le coup d’état militaire de 1999, la rébellion de 2002 et la crise post électorales de 2010. Apres de telles crises, il convient pour un Pays qui veut en sortir définitivement d’en tirer toutes les conséquences de façon dépassionnée.

Notamment poser sans concession la question nationale en sachant que sur la base d’une nation forte, l’ouverture sur l’extérieur reste un atout majeur. La question de la démocratie et des libertés en sachant que dans un pays avec une multiplicité de complexités, il convient d’ouvrir le jeu démocratique afin que dans une gestion participative, la paix puisse être le socle d’un développement durable.

« Cette constitution aurait due être l’aboutissement d’un processus de sortie des crises profondes de notre société. Fort malheureusement… »

La question du pain ; en ayant en conscience que la faim (à travers le manque de pain, d’emplois, etc.…) reste le fondement vrai des crises successives et qu’il convient d’offrir aux ivoiriens une bonne gouvernance capable de repartir de façon satisfaisante les richesses.

La réconciliation nationale ; en sachant que tous, nous avons été acteur actifs ou passifs des différentes crises et que tous nous en avons souffert d’une manière ou d’une autre, et qu’il convient de ne pas se donner le bon rôle.

Mais dans un élan d’humilité d’opérer une justice transitionnelle, de libérer les prisonniers politiques, d’engager un dialogue inclusif au fin de soigner les plaies de ce pays et de repartir sur des bases saines et solides.

La sécurité

Apres la crise post électorale et après l’échec manifeste du processus désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), il aurait fallu s’arrêter un instant et repenser notre nouvelle armée. Une armée est le fruit de la réalité sociale, penser le contraire c’est être naïf.

Hélas, il nous a été donné de constater que la gestion de la construction de notre nouvelle armée est tributaire de la gestion de l’après crise. Notre armée n’est manifestement pas réconciliée avec elle-même. Nos nouveaux soldats issus des FAFN n’ont pas été suffisamment intégrés dans l’armée républicaine, éduqués et disciplinés en conséquence.

A vouloir trop avoir une armée qu’on contrôle, on finit par faire de ceux qu’on pense contrôler une force à même de nous faire mal. Il aurait tout simplement fallu travailler à un véritable dialogue national, une véritable réconciliation nationale, un véritable cadre démocratique et de développement inclusifs pour bâtir une armée républicaine et disciplinée.

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La meilleure des façons de casser cette armée qui échappe au contrôle de la république était de l’encadrer et de la discipliner et non de lui faire confiance pour protéger son régime. Mais enfin pour cela aussi, il aurait fallu que l’armée comme la nation soit réconciliée avec elle même.

Aujourd’hui beaucoup d’eau a coulé sous le pont et des erreurs ont été commises dont la plus grosse fut une constitution imposée au peuple. Cette constitution aurait due être l’aboutissement d’un processus de sortie vraie des crises profondes de notre société, de notre Nation en pleine construction. Fort malheureusement…

Il reste à espérer cependant que dans un grand sursaut d’orgueil, nos gouvernants puissent comprendre la gravité de la situation et faire asseoir tous les fils de ce pays autour d’un dialogue franc, inclusif et constructif. Pour notre pays, notre Nation et les générations à venir, il le faut.

Innocent Gnelbin
Président 2IDé

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