Les mutins de janvier 2017, à Bouaké

Rançons et taxes: Les vieux réflexes de la rébellion renaissent à Bouaké (NDLR). Ci-dessous, l’analyse de Sylvain N’Guessan, expert en stratégies politiques.

En géopolitique, l’analyse d’un conflit part du territoire qui l’abrite. Cette analyse s’appuie sur des informations géographiques et économiques. Elle détermine les ressources naturelles, les activités des populations. Après quoi, mettre ce territoire en relation avec les territoires voisins et les acteurs extérieurs qui pourraient intervenir…

‘’Diamants de sang’’, voici une expression qui nous est familière depuis des décennies. Appelés aussi les ‘’diamants’’ des conflits, ils sont frauduleusement extraits sur les territoires en guerre, puis vendus pour le bonheur des Seigneurs des guerres.

Ce commerce illicite a financé et enrichi les principaux responsables des guerres en Angola, en Côte d’Ivoire, au Liberia, en Sierra Leone, au Congo, en République démocratique du Congo, en République centrafricaine…

Au début du nouveau millénaire, ce commerce illicite représentait 10 à 15% du commerce mondial du diamant. La Côte d’Ivoire n’est pas loin de renouer avec ce type de business, avec de nouveaux entrepreneurs qui auront du mal à brandir des Idéaux cette fois-ci.

« La prochaine étape serait de nommer des responsables dans les grandes villes du Centre et du Nord afin de mieux collecter ces impôts »

Des informations crédibles font état des taxes à payer par tous ceux qui cherchent à entrer ou à sortir de Bouaké. La prochaine étape serait de nommer des responsables dans les grandes villes du Centre et du Nord afin de mieux collecter ces impôts. De nouveaux douaniers pourraient être nommés aux postes frontaliers.

Il n’est pas exclu que les entreprises qui y sont localisées payent les nouveaux maitres des lieux pour assurer la sécurité de leurs sites. Ne l’oublions pas : parmi ceux qui règnent à Bouaké figurent des jeunes qui ont vu des commandants de zones, des responsables du MPCI s’enrichir par divers trafics.

Ils seraient bien heureux de poursuivre l’œuvre de ceux qui les ont enrôlés au sein de la rébellion précédente.

Ce que perdrait la Côte d’Ivoire. Si cette économie connait un taux de croissance rapide, il n’est pas exclu que des jeunes marginalisés quittent les autres villes de la Côte d’ivoire pour aller grossir les rangs des nouveaux maitres des zones du Centre et du Nord.

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Dans un tel contexte, des groupes internationaux signeront des partenariats avec les forces de cette partie de la Côte d’Ivoire pour divers trafics : voitures, vivriers, divers engins, ressources minières, anacarde, coton…

La BCEAO, qui a déjà vu ses coffres emportés lors de la crise passée, pourrait fermer ses agences si une solution rapide n’est pas trouvée. Les banques pourraient fermer le plus tôt possible. Que fera la BAD ?

Notre position

Le gouvernement ne perd rien à poursuivre les négociations pour une sortie pacifique de cette crise. D’autres stratégies de gestion de conflits telles le Désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) ; la Reforme du secteur de la sécurité (RSS) ; l’Action civilo-militaire(ACM)  pourraient suivre dès le retour au calme dans les casernes.

D’ici là, le gouvernement ivoirien gagnerait à empêcher cette poursuite du business par d’autres moyens qu’est la guerre…

Sylvain N’Guessan

Institut de Stratégies (IS)

(Le titre et l’intro sont de la rédaction)

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