Dans son Dans édito n°012 du vendredi 24 mars 2017, à Matin Bonheur (RTI), André Silver Konan traite du thème suivant : « L’ Ivoirien et sa rumeur qui tue ». La rumeur qui tue, au propre comme au figuré.

Cette semaine, des journaux ivoiriens sont largement revenus sur le retour au pays, d’Hortense Aka-Anghui, maire de Port-Bouët. A propos d’elle, combien de rumeurs n’ont pas circulé, ces dernières semaines, surtout sur les réseaux sociaux et à travers des SMS, relayant de fausses informations, avec la même délectation morbide.

L’Ivoirien et sa rumeur

Bon sang ! Nous sommes au 21è siècle et aucune information, même le décès d’un roi baoulé (communauté qui garde le secret sur la mort de ses rois, davantage pour se donner le temps de régler les questions de succession), aucune information de ce genre, dis-je, ne peut être étouffée, pendant 24 heures.

De fait, la propagation de fausses rumeurs à caractère morbide, mortifère ou violent, est devenue un jeu favori pour certains Ivoiriens, pour de nombreux Ivoiriens, malheureusement devenus plus journalistes que les journalistes de métier, devenus des guetteurs de scoops mouillés, des paparazzis.

« L’affairage », comme on dit, qui consiste à propager des informations non vérifiées, d’ailleurs et très souvent, non vérifiables ; est devenu un sport national. On annonce la vraie fausse mort de certaines personnalités, sans aucune espèce de retenue.

Avec la même inconscience…

De petits malins propagent de fausses rumeurs, des prophéties douteuses, des informations touchant à la réputation de certaines personnes, à la stabilité communautaire, toujours avec la même insouciance, je dirais la même inconscience, parce qu’on ne mesure pas la portée psychologique sur les individus. Le drame intérieur des victimes et de leurs proches, on en a cure.

Bref. La question est : comment en sommes-nous arrivés là ? Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés à banaliser la mort, à être si friands d’informations que nous savons manifestement fausses ? Les sociologues répondront à la problématique. En attendant, faites un tour, un jour, à une levée de corps.

« Tonnerre »

Vous noterez que la plupart des gens qui y participent, en dehors de la famille restreinte éplorée, n’observe pas le deuil, n’a pas une attitude de recueillement. Vous verrez certains rigoler ou faire des blagues, d’autres se donner bruyamment des tapes amicales. On a tant et si bien banalisé le deuil, la mort, que certaines personnes, se rendant à des funérailles, prétendent aller participer à « Tonnerre », titre éponyme d’une télé réalité ivoirienne qui a eu du succès.

On a tant et si bien banalisé le deuil, la mort, que certaines personnes, se rendant à des funérailles, prétendent aller participer à « Tonnerre »

Des individus vont aux funérailles pour danser, comme on balance des rumeurs violentes, pour rigoler. On dira que c’est culturel, mais c’est faux. Nos ancêtres respectaient le deuil et étaient réservés face à la mort.

Il est temps que nous arrêtions d’avoir cette attirance pour les fausses nouvelles mortifères, pour les nouvelles mortifères tout court, qu’elles soient fausses ou vérifiées. Parce que sans nous rendre compte, nous sommes en train de devenir une société insensible face à la douleur de l’autre. Il n’y a pas meilleure façon de perdre progressivement son humanité !

André Silver Konan

A voir aussi:

https://www.youtube.com/watch?v=0XEoJZGW6KE&t=71s&index=11&list=PLknXTMcFybPLI40w4n-WtufZVsQjkTfLW

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