On déplore deux pertes en vies humaines à Azaguié

Les affrontements communautaires à Azaguié sont loin d’être éteints. Sans une intervention énergique, à la politique, économique et sociale, le feu qui couve après les premiers brasiers, risque de se rallumer. Je vous propose ce reportage de Jules Claver Aka, envoyé spécial de Fraternité Matin. Il était dans la localité, dès le mardi 14 mars 2017.

Le carrefour d’Azaguié, d’ordinaire grouillant de monde était calme hier, à 12 heures 30 minutes, lorsque nous arrivions sur les lieux.. Et présentait plutôt le visage d’une place où a été orchestré un grand désordre. La bagarre qui s’y est déclenché la veille entre populations Abbey et Malinkés a laissé des traces.

On aperçoit à ce carrefour, des sacs de charbon brûlés, des marchandises déversées sur la chaussée et les étals des vendeuses saccagés. Par endroit, la fumée s’élevait de certains articles brûlés. Le feu de la veille n’ayant pas été éteint.

« Tout a commencé le samedi 7 janvier, par une rivalité entre deux prétendants à une jeune fille. Les deux prétendants étaient un Abbey et un malinké. »

Pour dissuader les deux camps rivaux, un impressionnant détachement de la Police avec des éléments issus de la Brigade anti-émeute (Bae) de la Compagnie républicaine de sécurité (Crs), mais aussi des éléments de la Gendarmerie nationale avec des chars, ont été déployés.

Certains étaient assis dans leurs véhicules stationnés au carrefour d’Azaguié, tandis que d’autres faisaient des patrouilles pédestres à travers le village. Tout le long de la voie qui mène du carrefour au village d’Ahoua, des impacts de feu étaient visibles. Dans un garage mécanique, plusieurs motos ont été calcinés.

A lire aussi:

Azaguié, comment l’unique député de Lider a échappé à la mort

Des nombreuses briques exposées à la vente ont été tout simplement cassées. Au niveau du marché du village où tout était fermé, des magasins ont été pillés et plusieurs articles brûlés en pleine voie. Les rues du village étaient désertes, les écoles et les commerces fermés. Des jeunes visiblement en colère étaient regroupés par petit groupe et tenaient à la main, gourdins, machettes ou barre de fer.

« Nous sommes chez nous, nous sommes prêts à nous défendre si on nous attaque », criaient certains, le visage badigeonné à l’aide de charbon, à notre arrivée. Un peu plus loin, un autre groupe de jeunes, beaucoup plus excités nous intiment l’ordre de ne pas faire de photo dans le village. La colère était monté d’un cran.

Sur le qui-vive

Les jeunes Abbey, tout comme les malinkés qui étaient dans les rues hier, étaient visiblement sur le qui-vive. De part et d’autre, chacun tenait à la main, une arme pour se défendre en cas d’attaque. Des machettes, des gourdins, des fusils à calibre douze. Des amulettes étaient aussi visibles sur les épaules de certains jeunes.

« On nous tue, on envoie des microbes nous tuer ici », raconte Akobé, qui soutient que les Abbey sont constamment violentés par les malinkés. Faux ! Rétorque Doumbia Abou Dramane que nous rencontrons dans le camp des malinkés. Cet enseignant, la cinquantaine révolue explique de son côté que les Abbey veulent les exproprier.

« Je suis né ici, j’ai 54 ans aujourd’hui. C’est mon père qui a commencé à faire le commerce au corridor. Nous avons tout ici et aujourd’hui, on veut nous demander de partir de là. Ce n’est pas possible. Jusque-là, nous avions été pacifiques. Mais trop c’est trop ! », s’est-il déchainé.

Puis d’ajouter que chaque fois qu’il y a une altercation entre vendeuse, malinké et Abbey, la chefferie Abbey inflige une amende au malinké. Mais comment ces deux communautés qui ont vécu jadis dans une parfaite harmonie en sont arrivées là ?

A l’origine de la crise…

Sur les causes profondes de la crise, les arguments diffèrent d’un habitant à un autre. Le chef de Azaguié-Ahoua, Ako Omer, avec qui nous avions eu un bref entretien, deux causes sont à l’origine de cette crise. La première cause, à en croire ses explications, est curieusement, une affaire de femme.

« Tout a commencé le samedi 7 janvier, par une rivalité entre deux prétendants à une jeune fille ». Les deux prétendants étaient un Abbey et un malinké. Ce jour-là, explique le garant de la tradition, une bagarre a éclaté entre les deux camps rivaux, dans un maquis du village.

Cette bagarre a repris le lendemain, précise-t-il « lorsque les jeunes malinkés sont revenus à la charge ». Dès lors, la jeunesse des deux communautés se regardaient en chiens de faïence. La seconde cause, selon le chef, est le corridor d’Azaguié, qui est devenu un marché où des femmes malinkés et abbey se retrouvent pour écouler leurs marchandises.

« Nous avions voulu que le commerce s’arrête au corridor pour qu’il y ait un peu de calme. C’est une décision que nous avions prise avec le maire. Mais il se trouve que si nous interdisons le commerce, les femmes n’auront plus d’activité. Donc, nous avons laissé faire. Mais il y a un groupe de femme qui vendait (les femmes Abbey) et un autre groupe (les femmes malinkés) qui observaient. Hier, 13 mars, il était question que le maire et nous même, allions installer l’autre groupe… ».

Le récit du chef est interrompu par un jeune qui fait irruption dans la cour : « pendant que vous parlez ici, ils sont en train de venir, ils tirent et ils sont presqu’arrivée à notre niveau ». Le chef et ses collaborateurs écourtent la rencontre.

Zone tampon

En réalité, l’alerte du jeune n’était en réalité qu’une fausse alerte. Puisque, depuis le lundi, la sécurité est de mise à Azaguié-Ahoua. Des éléments de la gendarmerie ont pris position, à bord d’un char, à la limite du quartier dioulabougou pour empêcher d’une part, que les jeunes abbey puissent s’y rendent, et d’autre part, empêcher les jeunes malinkés de progresser vers le quartier Abbey.

Une sorte de zone tampon est donc instaurée avec des gendarmes qui veillent au grain, même s’ils laissent les jeunes en conflits se pavaner avec leurs machettes, gourdins et autres armes blanches. Pourvu qu’ils ne s’en servent plus.

Jules Claver AKA
Envoyé spécial à Azaguié

 

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here