Le procès des disparus du Novotel lève de jour en jour, un voile sur un mystère de la crise postélectorale

Rapt du Novotel: les aveux et révélations d’acteurs clés continuent. Ceux-ci mènent tout droit vers le principal accusé, le Général Bruno Dogbo Blé. Hier mardi 28 février, c’est l’accusé Yoro Tapeko Marc Landry, un ex-milicien qui a été invité à la barre du tribunal de Yopougon. Voici le témoignage de celui qui s’est présenté comme un membre du Commando qui a enlevé les victimes, à l’hôtel Novotel du Plateau, le 4 avril 2011.

L’opération, rappelons-le, s’est soldée par l’enlèvement et la mort de quatre personnes. Stéphane Frantz Di Rippel, directeur du Novotel ; Yves Lambelin, Directeur général de Sifca, son assistant béninois Raoul Adeossi et le Malaisien Chelliah Pandian, Directeur général d’une filiale de Sifca.

Vêtu d’un tee-shirt blanc, d’un jean bleu avec sous son menton, une barbichette, Yoro Tapeko, dans un style qui lui est propre, raconte les faits. « Ce 4 avril, les chefs nous avaient convoqués au rassemblement sur l’esplanade du palais présidentiel. Moi, je faisais partie
du groupe ‘’ November one’’, et il y avait aussi le groupe Siera 9.

Rapt du Novotel: le film

« Ces groupes ont reçu l’ordre du commissaire Osé Logué (placé sous le commandement du Général Dogbo Blé, commandant de la Garde républicaine, au moment des faits, NDLR) d’aller à l’hôtel Novotel parce qu’il y avait des espions, des journalistes et des snipers.

Ce sont donc les groupes, November One et Siera 9 qui avaient reçu mission de
mener cette opération. Au départ, je ne faisais pas partie de l’opération. C’est par la suite que deux membres de ‘’November One’’ sont venus me chercher.

La raison, c’est que j’avais des connaissances en informatique. J’ai donc rejoint l’un des groupes du côté de la gare Sud. Nous avons donc fait mouvement vers l’entrée extérieure de l’hôtel Novotel.

Nous escaladions le mur de l’entrée de l’hôtel qui donne sur la gare Sud et une
fois dedans, nous avons ouvert le portail. Nous avons trouvé plusieurs personnes y compris les employés, dans le hall de l’hôtel. Nous leur avons arraché leurs portables et nous les avons rassemblés dans un coin du hall.

Ils ont menacé de les tuer…

Je souligne que nos chefs qui menaient l’opération étaient constamment au téléphone avec quelqu’un qui leur donnait des instructions. Mais je ne savais pas qui c’était. Les chefs m’ont conduit dans la salle où étaient installés les cameras de surveillance. Ils m’ont demandé d’identifier à partir des caméras de surveillance la chambre du directeur de l’hôtel.

Comme je n’arrivais pas à manipuler les écrans, ils m’ont fait sortir et sont revenus vers
les personnes qu’on avait rassemblées dans le hall. Ils ont menacé de les tuer tous s’ils ne leur indiquaient pas la chambre du directeur de l’hôtel.

Ensuite, les membres du Commando sont montés dans les chambres pour fouiller. Nous, nous sommes restés dans le hall. Quand ils redescendaient, ils avaient deux otages avec
eux dont un vieux blanc et un autre qui étaient comme un Malaisien.

« Quand nous sommes arrivés avec les otages au Palais, c’était l’euphorie. Les gens étaient contents. C’était comme des trophées de guerre… »

Le vieux blanc pleurait et nous suppliait. Quelque temps après, l’on a annoncé la présence de snipers dans l’hôtel. Ce qui a créé une débandade. Et nous avons commencé à fuir. C’est dans ma fuite que j’ai été interpellé par l’un des chefs de mon groupe.

Il tenait les otages donc il m’a demandé de prendre les portables et les ordinateurs que nous avions pris dans l’hôtel. Nous avons donc pris la direction du Palais
présidentiel.

Je rappelle que le deuxième groupe qui menait conjointement l’opération a aussi pris deux autres otages. Quand nous sommes arrivés avec les otages au Palais, c’était l’euphorie. Les gens étaient contents.

Comme des trophées de guerre

C’était comme des trophées de guerre que nous venions de remporter. Chacun voulait les toucher ou les taper. Mon chef de groupe les a envoyés au bureau du colonel Okou Modi. Les deux autres otages ont été également amenés dans ce bureau.

Aussitôt arrivés, les otages ont été interrogés de façon musclée par le commissaire Osé Logué. Les portables et ordinateurs qui étaient avec moi, je les ai remis à un officier. Quand nous arrivions avec les otages, les officiers tenaient une réunion de crise.

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Par la suite, le colonel Modi nous a demandé de sortir. C’est ce que nous avons fait. Je n’ai donc plus eu des nouvelles des otages. Le lendemain, quand j’ai cherché à savoir que sont devenus ces otages, un ami m’a dit qu’ils ont été ‘’accompagnés’’ c’est-à-dire tués dans
notre jargon ».

(Avec Nouveau Réveil)

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