Image de jeunes baoulé, dans un village, pendant la colonisation française

C’est un pan de l’histoire des Baoulé-Agba, qui est totalement méconnu : Ehoussou Yéboué, ce chef des Agba de Kouassi-Kouassikro, arrière petit-fils de l’un des compagnons de la reine Pokou, a mené la résistance face à la pénétration française, qui voulait faire de la zone, la future boucle du cacao. Arrêté, il est mort en prison.

Que sait-on d’Ehoussou Yéboué ? Pas grand-chose. Juste un paragraphe, dans le Grand dictionnaire encyclopédique de la Côte d’Ivoire (Nouvelles éditions africaines). Livre écrit par Raymond Borremans.

En effet, ce musicien et globe-trotter français né à Paris en 1906 et mort à Abidjan en 1988, a été séduit par la Côte d’Ivoire. Et il écrit 6 tomes de son livre encyclopédique, où il consacre des chapitres entiers aux résistants.

« Ehoussou Yéboué a mené la résistance face à la pénétration française, qui voulait faire de la région des Agba, la future boucle du cacao »

Dans le livre, on retient quelques noms de résistants méconnus du grand public. Notamment, Manou Boidou et Yao Foum d’Agnibilékrou. De même que chef Kadjo Amangoua de Bonoua, mort en détention à Ndjolé au Gabon en 1909. Rappelons-nous, ses restes ont été rapatriés en Côte d’Ivoire, en 2004.

De même, il cite Kassi Dihyé d’Abengourou. Ainsi que Nangui Abrogoua (célèbre à Abidjan, où un boulevard porte son nom) d’Adjamé, et son compagnon Mzaka. ce dernier n’est pas du tout connu.

Aussi, Kodiaré de Krindjabo, N’Guesan fils d’Eky de Tiassalé, ainsi que Blalè le chef de la résistance des N’Gban.

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Pour revenir à Ehoussou Yéboué, il était le chef des Agba, dont le siège était à Kouassi-Kouassikro. On le sait, les Agba sont venus du Ghana, dans la grande expédition conduite par la grande Reine Pokou. Précisément conduits par Ahoussi Kpin, compagnon de la Reine.

Une fois en Côte d’Ivoire et après que la Reine eut donné des noms à chaque tribu, c’est l’un de ses fils Kolia, surnommé Agba (du nom du manioc, semble-t-il) qui fonda plus tard le village de Kouassi-Kouassikro.

C’est de là que se créèrent toutes les autres villes agba (Bocanda, Dimbokro), faisant de cette tribu, la plus importante, en termes de nombre, du royaume baoulé.

Ehoussou Yéboué: résistant oublié

A la mort du fondateur, c’est son fils Koliabo 1er qui lui succéda. Ehoussou Yéboué était l’un des descendants de cette lignée de chefs. N’acceptant pas l’ordre que voulait établir le colon qui comptait bien asseoir dans la région, sa politique de développement du cacao, Ehoussou Yéboué se rebella.

Arrêté, il fut déporté à Bingerville où il mourut de tortures et d’isolement. Son corps n’a jamais été rendu aux siens. De fait, les colons ont eu plusieurs altercations avec les Agba entre 1902 et 1905, parce qu’ils voulaient faire de la zone la future boucle du cacao. Les soldats français étaient placés sous le commandement d’un certain Betsélère, un officier brutal, qui avait occupé Bengassou.

Les plus rudes batailles pour le contrôle de la région agba, eurent lieu entre juillet et décembre 1910. Elles furent menées par la colonne Maritz qui réussit à vaincre la résistance. Une trentaine de chefs furent arrêtés, puis déportés et emprisonnés à Bingerville et au Dahomey.

Fin de la résistance des Agba

L’arrestation d’Ehoussou Yéboué signa la mort de la résistance des Agba. Aux commandes après la purge, Koko Yéboué (son neveu) céda le trône à un chef qui fut aussi célèbre : Koliabo II, qui vécut et régna à Bengassou, jusqu’à sa mort en 1954.
Le trône de la grande tribu des Agba est, depuis lors, vacant…

NDLR: Merci à Désiré Esse, arrière petit-fils de Ehoussou Yéboué, passionné de l’histoire des Baoulé-Agba, dont la collaboration a été très précieuse)
André Silver Konan

5 Commentaires

  1. Merci à André Silver Konan pour sa contribution à la mise en lumière de notre patrimoine historique.
    Ces héros de la coloniale méritent tout honneur !

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