ASK et ses collaborateurs au cours d'un déjeuner champêtre

Agro-busines, État gendarme ou facilitateur ? Le débat sur la RTI a permis d’en savoir plus sur la crise dans le secteur de l’agro-business. Cependant la résolution de la crise est mal entamée parce que les parties ne semblent pas d’accord avec les solutions proposées par un État qui devrait, dans ce dossier, jouer le rôle de facilitateur et non celui de gendarme. Explication.

Désormais, on est tous d’accord que les entreprises d’agro-business dont les comptes ont été gelés, faisaient pour la plupart, du Ponzi (payer les anciens avec l’argent des nouveaux) et utilisaient l’argent des souscripteurs, pour le réinjecter ailleurs que dans la création de plantations.

Mais ma position demeure: geler les comptes n’est pas la solution. De fait, je prends au mot la porte-parole de ces entreprises individuelles (elle a avoué détenir une entreprise individuelle, plutôt cocasse pour quelqu’un qui manipule des milliards provenant de milliers de personnes, mais passons Lol).

État gendarme ou facilitateur ?

Elle dit ceci: « Les retours sur investissements promis aux souscripteurs sont recouvrables. Faites arrêter les nouvelles adhésions et laissez-nous travailler ». Soit.

Je prends aussi au mot le représentant de l’État: « L’État a gelé les comptes parce qu’il y avait des mouvements financiers vers l’extérieur ». Soit.

Je prends encore au mot le représentant des « victimes » (c’est comme ça que je les appelle, ça n’engage que moi):  » Nous, ce ne sont nos capitaux engagés qui nous préoccupent, nous voulons nos retours sur investissements ». Soit.

Que retenir de ces trois positions ? Eh bien, que L’État veut empêcher la fuite des capitaux, que les entreprises d’agro-business ne sont pas opposées à cette restriction, et qu’elles proposent même (comme je le propose depuis le début), que L’État fasse arrêter les nouvelles souscriptions. Enfin, que la confiance des « victimes » en leurs « bourreaux » est intacte, elles s’en tiennenrt à leurs RSI.

Agro-business, ma proposition: « Dégelez les comptes des 28 entreprises ! »

Que faire donc ? Faire, comme j’ai l’habitude de dire, simple, plutôt que compliqué. Faire compliqué, c’est ce que le Comité de veille (cela a été confirmé, comme je l’ai relevé dans mon édito de vendredi dernier à Matin Bonheur, que ce Comité a travaillé avec légèreté, je suis obligé d’être dur avec eux) s’entête à vouloir. Rembourser les capitaux des souscripteurs n’est pas la solution.

La raison est simple: aucune de ces entreprises ne collaborera avec ce Comité et de ce fait, il aura du mal à dresser une liste. De même, les souscripteurs, qui soupçonnent l’État de vouloir opérer une OPA sur le secteur, ne se dirigeront pas vers ce Comité, pour se faire recenser.

En clair, vous vous êtes assis dans vos bureaux, vous avez pris une décision somme toute pertinente, sans consulter les concernés et vous comptez atteindre quel objectif avec ça ? Je répète: ne rêvez pas, les gens ne collaboreront pas et vous n’aurez aucun moyen de les obliger à collaborer. Et l’État apparaitra toujours aux yeux de l’opinion et des « victimes », comme le gendarme, et non le facilitateur.

Par contre, faire simple, c’est faire ce que j’ai toujours proposé comme solution. A savoir dégeler les comptes et prendre des mesures sur lesquelles toutes les trois parties semblent pourtant d’accord.

Agro-business: rembourser le capital n’est pas la solution

1: Dégeler les comptes des 28 entreprises et les surveiller, dans un cadre légal et transparent, en empêchant toute fuite de capitaux vers l’extérieur (préoccupation de l’État). L’on me rétorquera que l’État n’a pas les moyens de le faire. Je réponds que c’est un mensonge parce que dans ce pays, on a gelé des comptes de certaines personnes et on a vu qu’aucun mouvement ne pouvait s’opérer sur ces comptes. Qui peut le plus, eut le moins.

2: Interdire toute nouvelle souscription (proposition des entreprises). Ainsi, il n’y aura plus d’argent de nouveaux clients, servant à payer d’anciens clients.

3: laisser le soin aux entreprises de rembourser leurs souscripteurs, sur la base de leur Retour sur investissement, comme elles le promettent elles-mêmes et comme leurs clients le croient.

Sérieusement, est-ce si difficile de procéder ainsi ? Pour finir, je vais évoquer un problème personnel. J’ai lu ici et là que mes positions dans cette affaire sont dues au fait que j’aurais moi-même souscrit dans une entreprise. Cela me fait juste sourire. Je suis de ceux qui attirent l’attention des gens, depuis le début, sur le risque que ce système s’effondre.

Certes, certaines personnes ont été remboursées, elles ont même construit leurs maisons avec leurs RSI, mais dans ce genre d’affaires (un peu comme les maisons de placement d’argent), les premiers sont payés parce que ce sont eux les meilleurs canaux de publicité, pour les suivants. C’est aussi simple que ça.

Expérience de planteur

Bref, je suis planteur et je sais que c’est possible de faire des bénéfices jusqu’à 300, 500% de son investissement, sur 6 mois, selon que la période est favorable ou non. Mais cela est possible quand vous faites une exploitation entre amis.

Quand vous faites recours à un grand nombre, des centaines, voire des milliers, eh bien, il ne vous reste plus qu’à rembourser les premiers avec l’argent des derniers, en espérant que l’investissement des premiers produise assez pour rembourser les suivants.

Quand le marché s’enrhume (notez que l’année dernière, le prix de la tomate est tombé à son niveau le plus bas -date du début des problèmes des entreprises- et que l’hévéa s’achète très mal), vous ne pouvez pas dire à votre souscripteur avec lequel vous êtes liés par un contrat, qu’il doit attendre un temps favorable.

Dans ce cas, vous le payez avec l’argent des autres et vous investissez dans d’autres secteurs (immobilier notamment) en attendant que le marché soit profitable. Voilà comment on entre dans le piège de la pyramide de Ponzi.

A un moment, les souscripteurs à rembourser sont tellement nombreux que l’argent des nouveaux souscripteurs n’arrive plus à couvrir les RSI promis. Simple comme bonjour…

Scénario

Pour finir, je reste convaincu que les entreprises ne pourront pas rembourser les RSI des « victimes ». Je veux bien me tromper. Je vois un peu le scénario: elles vont rapidement rembourser les responsables qui se sont regroupés en syndicats et le reste du contingent va trimer. Entre-temps, les responsables remboursés vont se retirer du dossier, c’est connu.

C’est à ce contingent que reviendra la responsabilité de saisir la justice. Et c’est à ce moment que l’État saisi par les « victimes » pourrait jouer son rôle de gendarme. Pour le moment, toute initiative de l’État n’entrant pas dans le cadre du remboursement intégral des RSI sera incomprise, forcément vilipendée et combattue, de sorte qu’elle apparaîtra indubitablement comme mauvaise.

A lire, mon édito, à Matin Bonheur:

Édito n°005 Matin Bonheur: « Agro-business et responsabilité des démembrements de l’État »

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