André Silver Konan

Parce que nous n'avons pas le droit de nous taire

Édito n°005 Matin Bonheur: « Agro-business et responsabilité des démembrements de l’État »

Dans son Édito n°005 Matin Bonheur, à la RTI, ce vendredi 03 février 2017, André Silver Konan dénonce l’inaction des démembrements de l’État qui a conduit à la crise dans le secteur de l’agro-business, dix ans après le phénomène dit des maisons de placement d’argent.

Résumons : depuis novembre 2016, le secteur de l’agro-business est au centre de l’actualité. Un Groupe de travail a rendu son rapport, fin janvier, et a conclu que plusieurs entreprises n’arrivent plus à payer leurs souscripteurs depuis août 2016. En cause, l’écroulement de la pyramide de Ponzi.

C’est quoi la pyramide de Ponzi ? Eh bien, pour faire simple, c’est un système qui consiste à payer les anciens souscripteurs, avec l’argent des nouveaux souscripteurs. A un moment, on atteint le seuil critique- des souscriptions, il y a tellement de personnes à payer, que la pyramide s’écroule.

« Comment expliquer que, dans ce pays, qui a connu le phénomène des maisons de placement d’argent, il n’y a même pas encore 10 ans, l’on se retrouve A vivre une crise née de pratiques similaires ? »

Quand bien même ce rapport présente des faits indéniables, il ne contient pas moins des insuffisances. Notamment le fait que le Groupe de travail, qui regroupe, entre autres, le Trésor, la BCEAO, la Cellule nationale de traitement des informations financières, la Police économique, et qui a eu près de trois mois pour travailler, admette qu’il n’a pas visité les sites d’exploitation de certaines entreprises dont les comptes ont pourtant été gelés.

Édito n°005 Matin Bonheur: Responsabilité de l’Etat

Cela pose justement la question de la responsabilité des structures et institutions de notre pays. Oui, comment expliquer que, dans ce pays, qui a connu le phénomène des maisons de placement d’argent, il n’y a même pas encore 10 ans, l’on se retrouve aujourd’hui, en train de vivre une crise née de pratiques similaires ?

Pendant des années, des attroupements quotidiens étaient observés devant les sièges de ces entreprises et cela n’a pas alerté la Police économique ? Durant des mois, des entreprises ont fait de la publicité à la télé, dans les journaux et pourtant pas un journaliste n’a cherché à mener des investigations sur l’existence ou non des plantations ?

Plusieurs fois, on a vu des dirigeants de certaines de ces entreprises, dans des cérémonies officielles, avec des dirigeants d’institutions publiques, et la Cellule nationale de traitement des informations financières n’a pas cherché à voir plus clair dans les pratiques desdites entreprises ?

Insuffisances dans le rapport

Le rapport du Groupe de travail indique, je cite : “Les opérations de collecte de fonds sont menées, en violation de l’instruction du Conseil Régional de l’épargne Publique et des Marchés Financiers, relative à l’appel public à l’épargne au sein de l’UMOA”.

Question: comment expliquer que pendant des années, des entreprises violent des textes communautaires, et que la BCEAO, l’UMOA représentées en Côte d’Ivoire, l’Association professionnelle des banques et établissements financiers de Côte d’Ivoire, ne réagissent pas ?

Voici là l’un des drames de l’Afrique. Nous avons des structures, des institutions dont les missions sont bien connues, dont les agents sont le plus souvent mieux payés que le fonctionnaire moyen; mais qui ne font pas le job, en amont, attendant des instructions du Président de la République, ou du ministre, après coup.

A lire aussi:

Édito n°004 Matin Bonheur, « Le silence irrecevable du Conseil constitutionnel »

Il n’y aurait jamais eu cette crise dans le secteur de l’agro-business si non seulement on avait tiré les leçons des fameuses maisons de placement d’argent, il y a une décennie; mais surtout, si chaque démembrement de l’État ou de nos institutions communautaires avait, dès le début et rapidement, fait son travail.

André Silver Konan

2 thoughts on “Édito n°005 Matin Bonheur: « Agro-business et responsabilité des démembrements de l’État »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *