André Silver Konan

Parce que nous n'avons pas le droit de nous taire

Quand la fausse bravade tue l’Afrique

Quand la fausse bravade tue l’Afrique

Quand la fausse bravade tue l’Afrique. Nous vous proposons ce texte de notre chroniqueur Sylvain N’Guessan, dont le titre original est « Face à l’adversité ».

Face à l’adversité, l’on observe divers types de réactions dont le contournement, le compromis, la compromission, la démission, la confrontation. Comment réagissez-vous face à l’obstacle, à l’adversité ? Il y a 22 ans, alors que j’étais étudiant en première année d’université, j’aurais répondu qu’il faut combattre l’adversité de toute sa force dans la sueur et le sang.

Aujourd’hui, passionné des questions de stratégies, avec de l’âge, je dirais qu’il faut évaluer d’abord les forces en présences ; faire votre SWOT personnel. « Quelle est votre force ? Votre faiblesse ? Quand vous additionnez vos forces et vos faiblesses, le résultat de votre bilan vous permet-il de faire face à la menace ? »

Fausse bravade

C’est à juste titre que Machiavel avance le lion et le renard. Dans certaines situations, il vous faudra faire le renard. Vous vous feriez broyer sans susciter une levée de boucliers contre celui qui vous aura nui. Dans d’autres cas, vous adopteriez la stratégie du lion.

Face à l’adversité, il y a aussi le timing. Vos armes vous permettent-elles de vous en prendre à votre adversaire dans le court terme ? Impliquent-elles que vous attendiez le moyen voire le long terme ? Pourquoi décider de s’attaquer à qui est plus fort que vous sur le plan économique, militaire, technologique ? Le sentiment du martyr ?

L’envie de voir son cas exposé sur les réseaux sociaux ? Mon analyse a pour substrat la culture du résultat, la gestion axée sur le résultat. Lumumba que j’ai tant aimé, à qui j’ai dédié mes premiers papiers en classe de seconde et Houphouët que j’ai tant critiqué (suis de la génération 90 !) Quel retient-on de leur bilan ?

Bien sûr que l’anthropologie pourrait nous être d’un certain recours. Accordons-nous sur le fait que l’anthropologie a pour objet l’étude des diverses cultures humaines au sens où l’entend Burnett Tylor ; c’est-à-dire un ensemble complexe incluant les savoirs, les croyances, l’art, les mœurs, le droit, les coutumes, ainsi que toute disposition ou usage acquis par l’homme vivant en société.

Confrontation et compromis

Certaines sociétés seraient portées sur la confrontation au nom d’une certaine idée de la dignité quand d’autres seraient portées sur le compromis, la diplomatie préventive au nom de la survie et d’une certaine idée du Soft power.

Au début du XIXème, la Chine est envahie par de l’opium en provenance de l’Inde ; trafic alimenté par les Britanniques. L’empereur chinois, conscient des effets négatifs de la consommation de cette substance, l’interdit dès 1731, sauf à des fins médicales.

Outre ses conséquences nocives sur la santé, l’opium affaiblissait l’État en altérant les capacités des hauts fonctionnaires consommateurs, en gangrenant l’administration par la corruption, en illustrant le recul de l’autorité impériale et en engendrant un déficit commercial. Bref, le pouvoir était menacé nous dit Patrice Gourdin.

En 1838, l’empereur Daoguang décida d’interdire totalement l’importation et d’agir vigoureusement à Canton, seul port ouvert aux étrangers et donc porte principale de l’opium. En 1842, vaincue, la Chine dut verser une indemnité de guerre, céder Hong Kong, accorder des avantages commerciaux, accepter le régime des “concessions“ et ouvrir quatre ports au commerce étranger, y compris celui de…l’opium.

La culture du travail chez les Chinois

Les Américains et les Français ne tardèrent pas à s’engouffrer dans la brèche. Ainsi commença ce que les Chinois considèrent comme le “siècle de l’humiliation nationale“: le pouvoir impérial en sortit affaibli, avant de disparaître, et les grandes puissances dépecèrent le pays. (Gourdin, 2015).

Que fera Pékin pour restaurer sa dignité ? Préparer une réaction sur le long terme avec pour arme la culture du travail. Divers rapports établissent que la durée du travail annuel pour le Chinois serait de 3800 heures contre 600 heures pour l’Africain. On peut remettre ces données en cause.

Retenons simplement que la Chine a rehaussé sa dignité en déployant une stratégie autre que la confrontation militaire. En misant sur le travail, les recherches et développement, moins de 2 siècles plus tard, la Chine est devenue la 2ème puissance mondiale !

« Ce n’est guère par la confrontation militaire que nous parviendrons à améliorer nos conditions de vie et de travail. Nos équipements militaires rappellent tout au plus la seconde guerre mondiale ».

Ce n’est guère par la confrontation militaire que nous parviendrons à améliorer nos conditions de vie et de travail. Nos équipements militaires (sans entrer dans les détails) rappellent tout au plus la seconde guerre mondiale.

Même les archives déclassées de la seconde guerre mondiale qui passent sur National Geographic le démontrent ! La moyenne des munitions sur le champ de tir à l’entrainement est de 5 dans la sous région contre 250 pour les pays développés. D’ailleurs l’industrie de l’armement ne vend pas certaines armes stratégiques à tout le monde.

A lire aussi:

Crise gambienne, comprendre les enjeux et ce qui est en jeu

Même si la France est en campagne pour le Rafale, les Américains ne proposent pas le F-35 à tous les pays. L’UE vendrait-elle l’Eurofighter à tout acheteur ? Le Gripen suédois est-il à acquérir au tout venant ?

Ce n’est même pas évident que Moscou, (qui rêve d’une nouvelle place dans le basculement géopolitique contemporain, qui surveille le Causasse, la Tchétchénie, les quelques 4500 de ses ressortissants ayant rejoint Alep) puisse livrer ses avions de guerre les plus performants sur le marché.

Supposons même que les anciennes colonies françaises de l’Afrique décident à lui faire la guerre, quel sera le théâtre des opérations ? Aucun avion, ayant décollé de nos pays, ne pourra atteindre le ciel français. Comment remporter une guerre qui a lieu sur vos terres ?

École polytechnique ?

On me citera le Vietnam, le faucon noir l’Algérie mais comparaison n’est pas raison. Et une victoire à la Pyrrhus au XXIè siècle pourrait être plus catastrophique. Essayons de sortir la réforme du secteur de la sécurité en cours dans différents pays de la bureaucratie. Ma suggestion ? Je l’ai mentionnée plus d’une fois déjà.

Côte d’Ivoire, Burkina Faso, Mali, Niger, Togo, Bénin, Sénégal, Guinée Bissau. Huit pays aux diverses ressources naturelles. Plus de 60 ans après les indépendances, nous nous contentons toujours de vivre de… cueillette et de pèche.

Pourquoi pas une école polytechnique qui forgerait les ingénieurs en charge d’exploiter, de transformer ces richesses naturelles ? En y affectant les 200 meilleurs bacheliers par an, nous aurions autour de 2000 ingénieurs concepteurs en 10 ans avec diverses spécialisations: gaz, or, uranium, café, cacao, riz, manioc, coton…

Avec 40 milliards par an pour nos huit pays, des experts russes, chinois, indiens, pakistanais, cubains, brésiliens et certains Occidentaux pourraient contribuer à ce transfert de compétences…

Ce ne sont pas des slogans qui vont développer l’UEMOA, l’Afrique. L’artiste zouglou l’a dit: « le progrès ne se vend pas au marché »…

Sylvain N’Guessan, Institut de Stratégies (IS)
prospectiveinfos@gmail.com

André Silver Konan

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *