Les fonctionnaires ont mené une grève inconséquente, mais à succès

La grève de cinq jours des fonctionnaires ivoiriens a été un succès sur le plan de la mobilisation, c’est indéniable. Mais sur le plan de l’objectif c’est un fiasco total. C’était d’ailleurs prévisible.

Une chose pour commencer. Les points de revendication des grévistes sont pertinents. Une autre chose aussi: j’ai souri à la sortie hasardeuse du mouvement des fonctionnaires du RDR, qui au lieu d’apporter une réplique sociale aux grévistes, ont préféré des raccourcis politiques. Pas très brillant le discours… Bref. Voici ce qu’en dit un article de Jeune Afrique, citant l’AFP.

Fonctionnaires ivoiriens, revendications légitimes

« Parmi les principales revendications des grévistes, la contestation de la réforme des retraites décidée en 2012, mais dont les premiers effets se sont véritablement fait sentir en 2016 avec la mise à la retraite de fonctionnaires concernés par la loi.

Cette réforme fait passer l’âge de la retraite de 55 à 60 ans, voire 65 ans pour les grades les plus élevés. Les cotisations augmentent de 6 à 8,33% du salaire, alors que dans le même temps, les pensions ont été réduites de 30 à 50% selon les catégories de l’administration publique. Selon les chiffres officiels, celle-ci emploie quelque 200 000 fonctionnaires.

La plateforme des organisations professionnelles du secteur public, regroupant 50 syndicats de la fonction publique et à l’origine de cette grève, réclame aussi le « paiement des arriérés des revalorisations salariales d’un montant global de 243 milliards de francs CFA (environ 371 millions d’euros) ».

Un fonctionnaire qui pose un problème pendant une transition institutionnelle manque de jugeote, parce que les gouvernants ne l’écouteront pas. Ce n’est pas de la critique acerbe, c’est du réalisme.

Les grévistes demandent également le respect des libertés syndicales. Des responsables syndicaux du secteur de l’éducation avaient notamment dénoncé des mutations en mesure de rétorsion après l’organisation de plusieurs mouvements sociaux depuis le mois de septembre ». Bref.

Panne de stratégie

Ces points sont pertinents et méritent que les fonctionnaires s’y intéressent, d’où le succès de la grève. Mais le succès est une chose, l’atteinte des objectifs de la grève une autre. Et sur ce point, les leaders syndicaux qui ont maintenu la grève, pendant une période de transition institutionnelle ont manqué d’adapter leur stratégie, tout simplement.

Quand je suggérais de suspendre (suspendre n’est pas annuler) la grève, dès le premier jour, parce qu’ils n’avaient pas d’interlocuteur au niveau du gouvernement, certains m’ont insulté. C’est le propre de ceux qui commettent une erreur, mais continuent de foncer tête baissée, dans cette erreur, sans vouloir se remettre en cause.

Le résultat est là, bien pathétique. Au terme de la grève, la plate-forme syndicale n’a avancé sur aucun point. Objectif zéro. Rien de surprenant, quand le ministre de la Fonction publique, leur interlocuteur devait attendre d’être confirmé, alors que le gouvernement n’était pas encore connu.

L’on m’a dit que les mutins avaient été entendus par le gouvernement, dès les premiers coups de fusils tirés en l’air. Ce à quoi j’ai répondu, qu’un mutin n’est pas un fonctionnaire. L’un a son arme, l’autre non. En outre, un mutin qui pose un problème, pendant une transition institutionnelle a très souvent un agenda caché. Le gouvernant qui ne réagit pas promptement joue sa propre survie.

Alors qu’un fonctionnaire qui pose un problème pendant une transition institutionnelle manque de jugeote, parce que les gouvernants ne l’écouteront pas. Ce n’est pas de la critique acerbe, c’est du réalisme. Et il est dommage que de nombreux leaders syndicaux en Afrique, soient dénués autant de réalisme, que de stratégie liée à l’opportunité et à la cible.

Perspectives

L’on m’a aussi dit que le préavis avait été déposé avant l’annonce de la démission du gouvernement. Ce à quoi je réponds que c’est cela même le fondement du préavis: permettre qu’on l’adapte rapidement, vu l’opportunité.

Au demeurant, dès le premier jour, les leaders syndicaux devraient convoquer une assemblée générale et suspendre le mouvement, même pour une ou deux semaines. Que va-t-il désormais se passer ? Les grévistes ont le choix.

Ils peuvent lancer un autre mouvement de grève, avant février. Ceci confirmerait aussi bien l’échec de la première grève (en termes d’objectif) et leur manque de culture syndicale réelle. Ceci aussi donnerait l’impression de l’acharnement, de l’envie d’aller à la grève, juste pour y aller. De fait, on va à une grève pour atteindre des objectifs, pas pour paralyser les activités. Il faut que ce soit bien clair dans l’esprit de tous.

Quand une grève ne passionne pas

Ils peuvent aussi attendre le forum social qui sera organisé en février, et auquel le ministre Abinan Kouakou Pascal les invite depuis l’évocation de leur projet de grève. C’est vers ce dernier scénario qu’on se dirige.

Les leaders syndicaux seront donc obligés d’y aller, non en position de force (l’un des objectifs de la grève, avant des négociations) parce qu’ils auraient déjà conduit une grève, qui a eu certes du succès sur le plan de la mobilisation, mais qui n’a ni passionné les médias, ni rencontré l’adhésion de l’opinion. C’est bien ce qui arrive quand on manque d’entregent et qu’on n’a pas le sens de l’opportunité (donc de la stratégie) étant un leader…

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