André Silver Konan, analyste politique

Dans une interview parue ce jeudi 22 décembre 2016, dans le Journal d’Abidjan, l’analyste politique André Silver Konan fait le point des législatives ivoiriennes du 18 décembre dernier. Il estime, entre autres, que « le RHDP joue sa cohésion, pas sa survie ».

Quel avenir pour le RHDP après ce camouflet ?
A mon avis, quand bien même les indépendants ont raflé 75 sièges, leur influence reste limitée par rapport à la forte majorité constituée par le RHDP (PDCI et RDR principalement), avec ses 167 députés. La question de l’avenir du RHDP se pose moins en sa survie sur le plan national qu’en sa cohésion interne.

Que deviendra cette coalition si l’UDPCI et l’UPCI, appuyés d’indépendants, décidaient de constituer un groupe parlementaire, au cas où le mépris dont ils ont été victimes lors du choix des candidats par ladite coalition, demeure ? Le RHDP joue donc sa cohésion, pas sa survie.

Quels pourraient être les enjeux sur l’espace politique en 2017 ?
En 2017, la vie continuera comme elle s’est écoulée en 2016. A moins que le gouvernement échoue a partager les fruits de la croissance et que les populations en arrivent a réclamer bruyamment de meilleures conditions de vie: beaucoup plus d’emplois et du cash.

Mais ça encore, il serait difficile pour un parti politique, de capitaliser ces hypothétiques frustrations, puisqu’elles ne seraient pas portées, par un groupe partisan, mais par une partie de la société civile.

« Le camp Sangaré s’est enfermé dans un piège duquel il lui sera difficile de sortir, à moins qu’un événement providentiel, vienne lui donner un coup de pouce ».

Quel rôle pourrait jouer le camp Sangaré dans cette reconstruction politique ?
Le camp Sangaré s’est enfermé dans un piège duquel il lui sera difficile de sortir, à moins qu’un événement imprévu, je dirais providentiel, vienne lui donner un coup de pouce, en termes de repositionnement politique. La politique de boycott tous azimuts est de plus en plus rejetée par les supporteurs et anciens tenants de cette thèse radicale.

J’en veux pour preuve, les candidatures (certes malheureuses) de certains barons du désormais ex-Front du refus, tels Martial Ahipeaud et Ouattara Gnonzié. Si les responsables de ce camp décident de revenir dans le jeu politique, tout compte fait, ils légitimeraient ainsi Pascal Affi N’Guessan. Et ça, c’est la dernière chose a laquelle ils rêvent. On n’est donc pas encore sorti de l’auberge, de ce côté là. Une véritable quadrature du cercle, qu’ils ont eux-mêmes formés.

Guillaume Soro peut il rempiler au perchoir ?
Je pense que Guillaume Soro sera réélu a la Présidence de l’Assemblée nationale, à moins que lui-même décide de ne pas le faire, après un vif examen de conscience et pour mieux se préparer à jouer la carte de l’alternance en 2020, en se démarquant de plus en plus du pouvoir. Ce dernier pari est risqué.

Côte d’Ivoire, leçons de législatives

Le gouvernement doit-il refléter la nouvelle majorité ?
Il n’y a pas de nouvelle majorité au Parlement, il y a une majorité qui est toujours contrôlée par le PDCI et le RDR, qui restent alliés tant que Bédié et Ouattara le sont. Au demeurant, la Constitution n’impose pas au Président, de choisir ses ministres, en fonction de la couleur que présente le Parlement.

Il y aura donc un nouveau gouvernement, probablement en janvier, après la mise en place du Parlement et on pourrait assister à un véritable remue-menage, différent des jeux de chaises musicales passés.

Ce qui pourrait se passer, c’est que le gouvernement dont plusieurs membres ont été élus au Parlement, pourrait présenter en bloc sa démission au Président de la République, à la veille de la constitution du bureau du futur Parlement. Cela mettrait à l’aise le Président, pour remercier certains ministres, pas seulement ceux qui ont perdu aux législatives.

Les ministres battus doivent-ils quitter le gouvernement ?
Je suis de ceux qui pensent qu’un ministre en fonction et de plein droit, devrait pouvoir tirer les conséquences de son échec à une élection locale. Je suis de ceux qui pensent que la circonstance est plus aggravante, quand il s’agit d’un président d’institution. Mais cela relève de ma conviction, pas des textes.

Le Président est donc libre de maintenir ou non, les ministres qui ont été défaits. Ce ne serait pas la première fois, dans l’histoire récente de la Côte d’Ivoire, que cela arriverait. Sauf erreur de ma part, Pascal Affi N’Guessan, alors Premier ministre, avait échoué à la mairie de Bongouanou, face à Amah Tehua, en 2001. Il a été maintenu à son poste et personne n’a trouvé à redire.
Interview réalisée par Ouakaltio Ouattara (Journal d’Abidjan)

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