Yahya Jammeh vouait une sorte de culte à sa mère

Pour la première fois, je vous livre le témoignage de ma rencontre avec Jammeh. C’était en février 2013. Une rencontre qui m’a permis de cerner la personnalité de l’homme qui a régné, sans partage, sur la Gambie, pendant vingt-deux. Un personnage plutôt controversé.

Il l’a appelée « Ho ». Elle a accouru, d’un air obséquieux. La scène se déroule à Banjul, dans les jardins du palais présidentiel. C’était ma première rencontre avec Yahya Jammeh. Le Président gambien, boubou blanc, coran dans la main droite et long bâton contenant sans doute, des fluides mystiques, a publiquement hélé sa vice-présidente Isatou Njie-Saidy.

Au petit stade de Banjul, le dictateur qui prétendait soigner le sida, est arrivé dans un véhicule long et grand comme un camion-podium

Tout en lançant le « Ho », à la manière dont on interpelle les gens qu’on ne respecte pas, en Côte d’Ivoire, il a fait un geste nerveux avec sa main, mimant « Viens ici ! ». Elle a accouru, avec un empressement de dévot, vers lui et il lui a donné ses instructions.

Je ne croyais pas mes oreilles, ni ma vue. Mais cette scène qui a dévoilé le caractère hautain et l’égo surdimensionné, du jeune capitaine putschiste qui s’est emparé du pouvoir, à 29 ans et a dirigé la Gambie pendant vingt-deux, n’était rien à côté de celle que j’ai vécue, le lendemain.

Sur un air de Marley

Au petit stade de Banjul, à l’occasion de la célébration de la fête de l’indépendance, le dictateur qui prétendait soigner le sida (gare à celui qui disait qu’il n’en était pas guéri, après ses soins) est arrivé dans un véhicule long et grand comme un camion-podium.

Il a fait plusieurs fois le tour du stade, sur un air de Bob Barley (stand up for your rights), dictant lui-même les plans au cameraman qui avait pris place devant lui sur le command-car démesuré.

Mais ce n’était pas la scène la plus improbable. Quand il est descendu de son véhicule, il a royalement ignoré les personnalités présentes. Il a foncé tout droit sur sa maman, dame Asombi Bojang. Il faut que je vous parle un peu de cette femme.

La mère de Jammey n’a aucun rang officiel, mais dans les faits, elle est le deuxième personnage de l’Etat. Elle était une sorte de gardienne du temple du pouvoir Jammeh. Un peu comme la « sorcière de Shaka Zulu », mais en forme plus humaine et beaucoup plus sympathique.

A chaque cérémonie importante, elle devait arriver avant son fils. Le protocole l’installait au premier rang, dans un large fauteuil moelleux, et était séparée de son Président de fils, de quatre à cinq personnes.

Alors Yahya Jammeh arrivait, fonçait tout droit vers elle, s’agenouillait devant elle et elle lui donnait sa bénédiction. C’est après ce rituel qu’il a répété durant tout son règne, que Jammeh rejoignait la loge officielle, saluait les personnalités présentes et prenait place dans son fauteuil.

Respectueux de l’art

Ce jour-là, il s’est plié à ce culte peu ordinaire. Ainsi donc, l’homme hautain, orgueilleux, égotique, devenait très humble, effacé, devant sa mère. Le même homme qui jetait ses opposants en prison, sans ménagement, narguait l’occident, s’en prenaient à certains dirigeants africains (dont Alassane Ouattara et Macky Sall, qui faisaient bien de ne pas lui répondre), était très respectueux de l’art.

De nombreux artistes et comédiens vivaient à ses crochets. Ils pleureront pendant longtemps sa défaite. Dans la soirée, dans un autre cadre, il nous a entraînés jusqu’au pied du podium où de belles Gambiennes aux formes généreuses dansaient un mbalax endiablé. Il aimait beaucoup cette danse sénégambienne. Moi aussi d’ailleurs Lol.

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