Les 22 saints martyrs de l'Ouganda

Des saints africains ? Oui bien sûr. Sauf qu’ils sont souvent méconnus du grand public africain ou alors, nous prononçons leur nom, sans savoir qui ils ont été. J’ouvre une lucarne, à partir de cette semaine, sur l’histoire méconnue de la Foi africaine. Découvrons ensemble, ces saints africains de l’Église catholique. Aujourd’hui, les saints ougandais.

Une ou deux précisions pour commencer. Ce texte parle exclusivement des saints africains du Sud du Sahara. Autre chose, comment devient-on saint ? Selon l’Église catholique, trois critères principaux mais non cumulatifs, sont nécessaires. D’abord, le postulant à la sainteté doit avoir une réputation de sainteté (vox populi) attestée par le peuple chrétien local.

Ensuite l’héroïcité de ses vertus chrétiennes (c’est-à-dire un don de soi total et durable dans l’amour du Christ et de l’homme) ou de son martyre, doit être attestée par l’Église ((le Pape, avec l’aide de la Congrégation pour la cause des Saints).

Enfin, Dieu Lui-même doit valider cette sainteté par un miracle survenu en lien avec la prière du vivant du postulant ou à la suite de l’intercession de ce dernier, après sa mort.

Au demeurant, à ne pas confondre bienheureux et saint. Le statut de bienheureux survient après la béatification, étape préalable à la canonisation. La canonisation érige au statut de saint. Bref. Revenons à nos bienheureux et saints africains.

Saint Charles Lwanga

Le plus célèbre des 22 saints ougandais est sans doute Saint Charles Lwanga, dont le nom a été donné à la paroisse d’Adjamé (Abidjan). Lwanga était un athlète d’une grande vigueur, que le roi Mwanga d’Ouganda (qui fit tuer les chrétiens catholiques entre 1885 et 1887) fit mourir d’une façon atroce.

En effet, le bourreau avait pris un plaisir particulier à allumer le bucher de sorte que ses pieds consument en premier et que suive progressivement le reste du corps, du bas vers le haut. « Tu me brûles, mais c’est comme si tu versais de l’eau pour me laver », lui dit Charles Lwanga.

Quand les flammes attaquèrent la région du cœur, le saint martyr soupira : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! ». C’étaient ces derniers mots avant d’expirer.

Joseph Mukasa

L’autre célèbre martyr ougandais, sans doute le premier à avoir été tué pour sa foi, est Joseph Mukasa, brûlé vif le 15 novembre 1885. Mukasa était le chef des catéchistes, l’un des premiers africain à avoir été évangélisé par deux missionnaires européens.

« Quand j’aurai tué celui-là, tous les autres auront peur et abandonneront la religion des Pères », décréta naïvement le roi cruel.

C’était sans compter avec le miracle de la foi. Contre son attente, un jour après l’assassinat de Mukasa, douze catéchumènes sollicitèrent la grâce du baptême. Cent cinq autres catéchumènes furent baptisés dans la semaine qui suivit l’assassinat. Parmi eux, onze des futurs martyrs, dont des enfants, le plus célèbre étant saint Kizito, dont le nom est donné à une église à Abidjan.

Meurtres et règlements de compte

Le 25 mai 1886, six mois après l’assassinat de Mukasa, le roi revenant de chasse fit appeler un de ses pages, nommé Denis, 14 ans. Il l’interrogea et celui-ci ne nia pas sa foi. Fou de rage, il l’égorgea avec sa lance empoisonnée, avant de le livrer aux bourreaux qui le mutilèrent. Le lendemain, le roi déclara officiellement la persécution contre les chrétiens.

C’est ainsi qu’il fit mutiler et torturer le jeune Honorat, ainsi qu’un de ses amis à lui, nommé Jacques qui avait essayé autrefois de le convertir au catholicisme. Ensuite, il fit assembler tous les pages chrétiens et ordonna qu’on les amena pour être brûlés vifs sur le bûcher de Namugongo. Jacques périt sur ce bûcher en compagnie des autres martyrs, le 3 juin 1886, fête de l’Ascension.

« On sut qu’ils étaient morts lorsque du braiser, on n’entendit plus s’élever la prière des apôtres »

Saint Kizito, plus jeune martyr africain

L’un des pogroms fut celui qui a vu l’incinération du petit Kizito (13 ans, le plus jeune martyr africain). Le pogrom des pages du roi. Ces derniers furent tués eux aussi de façon atroce. Le roi leur fit comprendre, après avoir fait brûler leurs pieds, qu’il épargnerait leur vie, s’ils renonçaient à leur foi. Ils refusèrent d’apostasier, alors le bûcher fut allumé.

Du brasier qui les consumait, s’élevait une prière puissante : « Notre Père qui êtes aux cieux, Que Votre nom soit sanctifié… ». On sut qu’ils étaient morts lorsque du braiser, on n’entendit plus s’élever la prière des apôtres.

« On avait lié ensemble les jeunes de 18 à 25 ans. Les enfants étaient également liés, et si étroitement serrés les uns près des autres qu’ils ne pouvaient marcher sans se heurter un peu. Je vis le petit Kizito rire de cette bousculade comme s’il eût été en train de jouer avec ses compagnons », écrira le Père Siméon Lourdel, l’un des deux missionnaires qui introduisirent le christianisme en Ouganda.

Le dernier des martyrs s’appelait Jean-Marie. Longtemps obligé de se cacher, las de sa vie vagabonde, il désirait ardemment mourir pour sa foi. Malgré les conseils de ses amis qui essayaient de le dissuader de ce projet, Jean-Marie résolut d’aller voir le roi Mwanga. Celui-ci ne l’épargna pas. Le 27 janvier 1887, il le fit décapiter et jeter dans un étang.

L’assassinat de Kizito, dont le nom est donné à une paroisse à Abidjan (Paroisse Saint Kizito de Williasmville) décupla la foi des postulants spirituels en Ouganda. Les conversions se multiplièrent. Ce roi était manifestement un sot doublé d’un sanguinaire satanique.

« Tu sais prier ?»

Les témoignages sur les professions de foi des martyrs sont nombreux. Comme celui-ci qui indique qu’un des bourreaux qui conduisaient les condamnés vers leur « Golgotha », croisant un jeune nommé Pontien, lui demanda : « Tu sais prier ? ».

La réponse affirmative du jeune chrétien le mit hors de lui. D’un coup de coupe-coupe, il lui trancha la tête. C’était le 26 mai 1886. Après un jour de marche, de tortures et de brimades, les captifs arrivèrent à Namugongo. Le supplice dura une semaine, l’holocauste eut lieu le dernier jour. Les prières des saints martyrs ne cessèrent que quand ils rendirent l’âme.

Il convient de signaler que l’un des captifs était le fils d’un bourreau. Ce dernier libéra de force son fils et le fit ramener à la maison. Mais celui-ci retourna au lieu du supplice, pour prendre sa part de souffrance. Il mourut avec les autres condamnés.

22 saints africains

On compte officiellement vingt-deux martyrs catholiques canonisés dont le martyre s’échelonne de l’année 1885 à 1887.

La dévotion populaire aux martyrs de l’Ouganda prit un essor universel, après que saint Pie X les proclama Vénérables, le 16 août 1912. Leur béatification eut lieu le 6 juin 1920. Après plusieurs décennies d’enquête, ils furent canonisés, le 18 octobre 1964.

Ci-dessous, la liste des 22 saints martyrs ougandais

  • Joseph Mukasa Balikuddembe
  • Charles Lwanga
  • Kizito
  • Luc Banabakintu,
  • Bruno Serunkuma
  • Mugagga
  • Gyavira
  • Mukasa Kiriwawanvu
  • Adolphe Mukasa Ludigo
  • Anatole Kiriggwajjo
  • Ambroise Kibuka
  • Achille Kiwanuka
  • Mgaba Tuzinde
  • Jacques Buzabalyamo
  • Saint Pontien Ngondwe
  • André Kaggwa
  • Denis Ssebuggwawo
  • Athanase Bazzekuketta
  • Gonzague Gonza
  • Matthias Mulumba Kalemba
  • Honorat
  • Jean Marie

6 Commentaires

  1. Certains de ces martyres étaient esclaves d’origines congolaises dont Kalemba Mulumba qui portait le nom souvent évoqué dans ma famille. Un de mes petits frères s’appèle d’ailleurs Kalemba. Mulumba est le nom de mon village au Kasaï oriental, zone qui avait fortement subit la traite d’esclave.

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