Certains politiques ivoiriens n'ont pas encore intégré le modèle démocratique, dans leur ligne politique.

A mon avis (et je peux me tromper), il y a pas moins de six leçons importantes à retenir sur le référendum, en Côte d’Ivoire. La première et sans doute la leçon générale, est la désaffection générale pour la politique. Et cela ne concerne pas un seul camp. Décryptage.

En attendant les chiffres officiels de la CEI, on peut dire, sans risque de se tromper, que la participation à Abidjan et dans les fiefs traditionnels de l’ex-LMP, a été relativement faible. C’est le même constat depuis les législatives de fin 2011, en passant par la présidentielle d’octobre 2015.

Deuxième leçon

Cette leçon est que la capitale économique reste en partie, attachée à Laurent Gbagbo (n’oublions pas qu’il y a enregistré ses meilleurs scores au premier tour de la présidentielle, en 2010). Elle ne se sent généralement pas concernée par la politique conduite par le pouvoir, depuis l’arrestation de son mentor.

A contrario, la participation semble avoir été passablement importante dans les fiefs traditionnels du pouvoir. Réponse du berger à la bergère…

Troisième leçon

Celle-ci nous vient d’Abobo. Les électeurs de cette grande commune, incontestablement proche du RDR, ne se bousculent plus devant les urnes, depuis l’élection d’Alassane Ouattara. C’est la preuve qu’ils attendent, comme la plupart des Ivoiriens, les fruits de la croissance économique. Une réaction par dépit, certes…

Abobo montre bien qu’il est très aisé pour les opposants à Ouattara de revendiquer la désaffection dans la capitale, mais ils savent qu’ils surfent sur une victoire qui n’est pas la leur. Rien qu’à voir la réponse timide qu’ils reçoivent, quand ils lancent leur mot d’ordre de manifestation.

Et rien qu’à voir l’échec de la mobilisation sur le stade Houphouët-Boigny, qu’ils ont tenté de transformer en succès, en détournant le circuit du rassemblement sur la place de la république et en misant sur une réaction violente de la police.

Quatrième leçon

La quatrième leçon est que le « Non » a eu des voix, sans qu’aucun groupement politique important n’ait lancé de mot d’ordre dans ce sens. En effet, Pascal Affi N’Guessan et sa coalition ont appelé à l’abstention. Tandis que Sangaré Aboudrahamane et son groupe ont appelé à boycotter le scrutin.

Le vote du « Non » est donc une réponse dépitée, envoyée par les électeurs aussi bien au pouvoir qu’à l’opposition. Elle est une autre preuve de la perte de confiance progressive, de certains Ivoiriens, dans les acteurs politiques ivoiriens.

« La violence politique n’a pas encore abandonné la Côte d’Ivoire. Le mode opératoire utilisé pour certains actes ressemble à un acte de guérilla »

Cinquième leçon

La violence politique n’a pas encore abandonné la Côte d’Ivoire. Le mode opératoire utilisé pour certains actes (incendie de bus conduite nuitamment pas trois individus) ressemble à un acte de guérilla. Elle est sans doute menée par des anciens miliciens nostalgiques des années « On zon pompé Baygon ».

Et il est presque sûr que leurs anciens collègues dans la violence, appartenant aux anciennes milices affiliées à l’ex-rébellion, les attendent au tournant, pour en découdre. La violence n’a pas de camp en Côte d’Ivoire, c’est connu.

Sixième leçon

La société ivoirienne reste toujours coupée en deux, après sa profonde division née du coup d’État de 99 et renforcée par la rébellion armée du 19 septembre 2002.

D’un côté les dirigeants ne tiennent pas encore suffisamment compte de l’intégration dans le jeu politico-institutionnel, des personnes issues du camp de l’opposition. De sorte que la réconciliation semble toujours un vain mot.

De l’autre, les opposants ne semblent pas encore avoir abandonné la haine qui les poursuit depuis un bon bout de temps. Pour eux, la Côte d’Ivoire se limite à leurs fiefs électoraux. De sorte qu’une participation passablement importante dans les fiefs électoraux du RHDP au Nord et au Centre compterait pour rien à leurs yeux.

En définitive, la Côte d’Ivoire n’est pas encore sortie de l’auberge de la haine, aussi et malheureusement de l’irresponsabilité d’un certain personnel politique. Et ce n’est pas demain, la veille…

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2 Commentaires

  1. A la lecture de cette analyse bien inspirée à maints égards, je voudrais marquer une halte douloureuse sur la balkanisation socio-politique de notre pays et contester, sous certaines réserves, la leçon qui affirme l attachement de la capitale économique à l ancien président.
    Il est indéniable que la Côte d’Ivoire risque de porter encore longtemps la césure socio-politique , d abord en larve depuis le coup d État puis à maturité depuis la récente crise militaro-civile , qui affecte si outrageusement le vivre ensemble des ivoiriens. Elle ne s estompera qu avec, je l espère, de nouveaux héritiers politiques aux cartes de visite vierges et vouées au rassemblement . Les cicatrices de l histoire récente de notre pays semblent tellement enfouies en certaines personnes, à tort ou à raison, qu elles biffent systématiquement de leur vie, tout rapport à l autre qui n est pas oint par leurs codes de vie. Pauvre Côte d’Ivoire . Incrédule et sonné par tant de constance dans le refus machiavélique exprimé de part et d autre, je m en remets à DIEU pour l avenir de la Côte d’Ivoire et des ivoiriens.
    DIEU est le Maître Incontesté du Temps et des Destins
    La leçon de l attachement est moins assise pour moi en ce que la cartographie des élus locaux dans les différentes communes , indicateur porteur en l espèce, renvoie une image assez distante de cette conclusion. Par ailleurs, si la référence aux scores réalisés par l ex président peut servir de base d édification, il faut convenir que le capital de confiance construit à l époque où il détenait les manettes de l État, s est absolument effrite avec l usure du temps.
    Humblement

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