André Silver Konan

Parce que nous n'avons pas le droit de nous taire

Quitter la CPI ? Oui, mais si tu tues ton peuple, tu seras poursuivi

Quitter la CPI ? Oui, mais si tu tues ton peuple, tu seras poursuivi

Quitter la CPI ? Je n’y suis pas opposé. Mon problème est ailleurs: qui va juger nos chefs d’État africains, responsables de crimes contre leurs propres peuples, quand on sait que le seul dirigeant africain à avoir été jugé (après combien d’années ?) par les Africains, c’est Hissène Habré ?

A mon avis (et je ne me trompe pas), les dirigeants qui se retirent ou cherchent à se retirer de cette juridiction ont beau marteler qu’ils comptent ainsi se “venger” des occidentaux, ce sont juste des menteurs. Je pèse bien mes mots.

Ils le font dans un seul et unique but: avoir le droit de tuer leurs propres peuples, en toute impunité. Nul n’est dupe. On a beau crié que la CPI est une juridiction qui juge les Africains, on ne pourra jamais nier que les pires crimes de masse contre les peuples, orchestrés par des dirigeants, c’est sur le continent africain.

Le prétexte des dirigeants américains et européens qui tueraient en toute impunité en Afghanistan et en Irak, brandi par des Africains, est une excuse débile. Si tel est le cas, laissez les Arabes quitter la CPI. En quoi cela vous regarde, des crimes dans des pays arabes, alors que les populations de ces pays concernés ne sont pas aussi « chauds » que vous, pour quitter la juridiction internationale ?

Le prétexte de la Libye aussi est une excuse d’analphabète. Parce que non seulement la Libye n’est pas signataire du traité de Rome, mais les frappes de l’Otan, entre mars et novembre 2011, au temps de Mouammar Kadhafi, ont obéi à une injonction de l’Onu (résolution 1973 du Conseil de sécurité).

Exactement comme les frappes françaises, en avril 2011, en Côte d’Ivoire, ont obéi à une résolution de l’Onu (1975 du Conseil de sécurité). De ce fait, quitter la CPI, tout en restant à l’Onu, ce n’est pas très intelligent, en fait.

« Que tu aies claqué la porte à la CPI ou non, si tu tues en masse, ton propre peuple, sois sûr que le Conseil de sécurité de l’Onu, en vertu de sa compétence, va demander à la CPI de te poursuivre et elle le fera ».

Je peux donc en conclure que quitter la CPI, c’est juste une décision symbolique, à la limite spectaculaire, prise sur la base de l’émotion. Parce que tu peux certes quitter la CPI, et être tranquille, tant que tu ne tues pas en masse des populations.

Mais si tu te permets de tuer en masse ton propre peuple, en ce 21è siècle, que tu sois membre de la CPI ou non, que tu aies claqué la porte à cette juridiction ou non, sois sûr que le Conseil de sécurité de l’Onu, en vertu de sa compétence, va demander à la CPI de te poursuivre et elle le fera.

Bien sûr, une chose est de lancer des poursuites, une autre est d’arrêter le présumé génocidaire ou criminel de guerre.

« Ma question est la suivante: s’il n’avait pas existé de CPI, qui en Afrique, aurait songé à juger Bemba, pour des crimes en Centrafrique ? »

Omar Béchir est l’exemple du parfait. Il n’a jamais signé le traité de Rome mais il est poursuivi par la CPI, suite à une injonction du Conseil de sécurité. Il n’est d’ailleurs pas (encore) arrêté, pour la simple raison qu’un criminel de guerre se rend rarement de par lui-même (tous les Africains qui sont détenus à la CPI, ont été livrés par leur pays ou arrêté à la suite d’une saisine de leur pays) et les pays africains qu’il visite, dans ses rares déplacements à l’extérieur, refusent de l’arrêter.

A lire aussi: http://www.andresilverkonan.com/2016/09/29/gabon-cpi/

Ma question est la suivante: s’il n’avait pas existé de CPI, qui en Afrique, aurait songé à arrêter et juger le Congolais Jean Pierre Bemba, pour les crimes commis par ses troupes, en Centrafrique ? Qui aurait arrêté et jugé Thomas Lubanga pour enrôlement d’enfants soldats ? Si la CPI n’avait pas existé, pensez-vous que les élections se seraient passées sans grandes violences, dans certains pays d’Afrique, ces dernières années ?

André Silver Konan

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