André Silver Konan a voté à la présidentielle d'octobre 2015

Référendum recul démocratique en perspective ? Je vais démontrer dans ces lignes qui suivent, que pour le référendum à venir, nous sommes en recul par rapport à l’usage du bulletin unique, du moins sur trois points (démocratique, légal et financier) et qu’il est encore temps de revenir à l’orthodoxie. Je mets, de ce fait, au défi, la Commission électorale indépendante (CEI), de démontrer aux Ivoiriens que la décision de réhabiliter le bulletin multiple, dans le cadre du référendum constitutionnel du 30 octobre 2016, est une avancée démocratique.
Je l’ai toujours dit. Avant de prendre une position surtout politique, je regarde à deux principes: est-ce que cela renforce notre démocratie et est-ce que cela est juste (ici, le terme approprié est légal, quoique ce qui est légal, peut ne pas être juste, nuance ) ?
De ce fait, voici la question que doit se poser tout homme épris de justice et de démocratie: la non utilisation du bulletin unique pour le référendum du 30 octobre constitue-t-elle une avancée démocratique ? La réponse est radicale, elle est absolument évidente : non. Parce qu’il faut bien savoir pourquoi notre démocratie a imposé le bulletin unique. C’est simple, c’est pour éviter les achats de voix et de conscience. Dans ce scrutin où de toutes les façons, le “Oui” l’emportera et à l’issue duquel le référendum sera validé, quel que soit le taux de participation (je prévois un faible taux, cela dit en passant), a-t-on besoin de donner des arguments au camp de l’abstention ou du boycott ? Absolument pas.

Explications approximatives
Bref. Écoutons les explications approximatives de la CEI, à travers son vice-président Sourou Koné: “Sur le bulletin unique, vous avez un certain nombre d’éléments qui permettent aux électeurs de pouvoir identifier qui ils veulent voter même s’ils ne savent pas lire. Vous avez le logo du parti, la photo et un certain nombre d’éléments alors que pour le référendum, il n’y a pas de logo, de sigle, rien du tout. Donc, nous avons estimé que nos électeurs qui ne savent pas lire et qui ne pouvaient pas faire la différence entre un Oui ou un Non, il fallait leur donner la possibilité de pouvoir faire leur choix de façon claire et nette. C’est ainsi que les deux bulletins ont été proposés avec naturellement des couleurs différentes. Et à partir de ces couleurs, les partis politiques ou groupements politiques qui souhaitent faire voter Oui peuvent former leurs électeurs. Ceux qui souhaitent faire voter Non, peuvent en faire autant. Donc c’est par un souci de facilitation du scrutin et de sa meilleure compréhension par les électeurs”.
Cette explication n’est pas crédible et ne résiste ni à la légalité, ni au bon sens. Je vais démontrer pourquoi. D’abord sur le plan légal. Le code électoral que tout le monde peut consulter sur le site de la CEI, est assez clair là-dessus. L’article 37 nouveau ne laisse aucune place à l’interprétation: “le lecteur reçoit le bulletin unique de vote (…)”. C’est écrit noir sur blanc. Notre code électoral ne prévoit, en aucun cas (je dis bien, en aucun cas et la CEI peut démontrer le contraire aux Ivoiriens) des bulletins multiples.
Notez d’ailleurs que notre très cher responsable de la CEI ne fait aucune référence à aucun texte. Il dit, avec une facilité étonnante “Nous avons estimé que…”. Et donc, pour une question aussi importante qui engage l’avenir de toute une Nation, les brillants responsables de la CEI ne se réfèrent pas à l’orthodoxie. Ils ne se basent pas sur les textes qu’ils ont eux-mêmes soumis au gouvernement, pour adoption par les députés. Ils préfèrent suivre leur instinct. Nous avons estimé que… Pfffffff. Je suis même prêt à parier que la plupart des commissaires qui siègent dans cette CEI (y compris ceux de l’opposition) n’ont même pas lu les articles du nouveau code électoral, avant d’arrêter leur décision.

Electeurs infantilisés
Au demeurant, l’amendement de cette loi est tellement récente (avril 2015) que je suis quand même étonné, que les députés qui l’ont eux-mêmes votée, ne puissent pas donner le bon exemple, parce qu’on les a tous vu, en train d’user de deux bulletins, lors de l’adoption du projet de loi portant nouvelle Constitution. Cela donne un indice sur les valeurs démocratiques que chacun défend et c’est vraiment l’un des drames de l’Afrique. Savoir qu’on prend de beaux textes, et ceux-mêmes qui prennent ces beaux textes, sont les premiers à se moquer royalement de leur application et on s’étonne que le bas peuple soit si indiscipliné.
Regardons les choses du point de vue du bon sens. Utiliser deux bulletins, pour un scrutin où on n’a pas plusieurs choix (OUI ou NON), alors qu’on utilise le bulletin unique depuis 16 ans, lors de scrutins à multiples choix (à la présidentielle de 2010, il y avait pas moins de 13 candidats, sur le même bulletin, si je ne m’abuse) et chercher à l’expliquer par l’analphabétisme, c’est insulter les électeurs et les infantiliser. Et bon sens, pour bon sens, qu’est-ce qui est plus simple ? Mettre les deux couleurs sur un même bulletin, pour que l’électeur coche la couleur de son choix, ou les mettre sur deux papiers différents ?
Cela m’amène donc à aborder le dernier point: celui de l’incidence financière, sans doute le vrai motif de cette décision surprenante (on se comprend). Qu’est-ce qui coutera le plus cher ? Éditer, imprimer et distribuer deux bulletins de vote ou éditer, imprimer et distribuer un seul bulletin de vote, étant entendu que les deux modèles auront les mêmes dimensions ? La réponse ici encore est atrocement évidente.
Pour toutes ces raisons, je le dis avec le cœur, il est encore temps d’arrêter la CEI dans cette entreprise qui constitue un inutile recul démocratique de deux décennies. En effet, la dernière fois où on a utilisé des bulletins multiples dans ce pays, remonte aux élections municipales de 1996. Il faut que nous arrêtions de froisser nos acquis démocratiques. Ce n’est dans l’intérêt de personne et ça ne sert personne. La démocratie, c’est tellement simple, quand on respecte les bonnes et justes règles qu’on s’est fixées en toute conscience et responsabilité !

1 COMMENTAIRE

  1. Belle analyse. Nous avons de bons textes mais appliqués selon les intérêts surtout des dirigeants. C’est pourquoi la nouvelle constitution est inopportune. On a fini les palabres avec la deuxième constitution puisque les présidentielles de 2015 se sont déroulées sans problème. S’IL n’y a pas d’agenda caché, on pouvait l’améliorer simplement et non mettre les compteurs à zéro. Avec cette façon de procéder, celle la ne pourra pas nous unir et les plus forts la changeront au lieu de faire des amendements.

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